Analyse – Me Fodé Mourana Soumah, MBA, avocat au Barreau de Guinée
Conakry – Les réseaux sociaux et les applications de messagerie sont devenus, depuis plusieurs mois, le terrain privilégié de nombreuses campagnes d’investissement présentées comme des opportunités liées aux crypto-actifs. Promesses de rendements élevés, gains quotidiens « sans risque » et systèmes de parrainage rémunéré : le mécanisme séduit de nombreux épargnants, notamment les jeunes, les femmes et les acteurs du secteur informel.
Mais derrière certaines de ces offres se cachent des mécanismes qui s’apparentent davantage à des systèmes pyramidaux qu’à de véritables investissements en crypto-actifs. Dans cette analyse, Me Fodé Mourana Soumah, MBA, avocat au Barreau de Guinée et associé-gérant, appelle à la vigilance et revient sur les risques auxquels s’exposent les citoyens.
Crypto-actifs : entre innovation et risques d’escroquerie
Selon l’analyse de Me Fodé Mourana Soumah, la première difficulté réside dans la confusion entretenue entre la technologie des crypto-actifs et certaines plateformes frauduleuses qui utilisent leur vocabulaire pour attirer les investisseurs.
Un crypto-actif demeure un actif numérique dont la valeur peut être extrêmement volatile. Son cours dépend notamment de l’offre et de la demande et ne garantit pas, par nature, un revenu fixe ou régulier.
À l’inverse, certaines plateformes promettent des rendements journaliers élevés, parfois présentés comme garantis, en échange d’un dépôt initial et de nouveaux parrainages.
Pour l’avocat, ce fonctionnement peut correspondre à un système pyramidal ou de Ponzi, dans lequel les sommes versées par les nouveaux participants servent à rémunérer les premiers entrants. Lorsque les nouveaux dépôts ne suffisent plus à alimenter le système, celui-ci s’effondre et les derniers investisseurs risquent de perdre leur épargne.
Le cadre réglementaire guinéen au cœur de la vigilance
Dans son analyse, Me Fodé Mourana Soumah met également l’accent sur le rôle des autorités monétaires et financières.
Il rappelle que le franc guinéen demeure la monnaie ayant cours légal en République de Guinée et souligne l’importance de vérifier le statut juridique et l’autorisation des acteurs qui proposent au public des services financiers ou des placements.
L’avocat insiste notamment sur la nécessité, pour les citoyens, de ne pas confier leur argent à une plateforme sans avoir préalablement vérifié son cadre légal et son éventuel agrément auprès des autorités compétentes.
Il souligne également que les crypto-actifs ne doivent pas être assimilés à des placements bénéficiant automatiquement d’une garantie publique. En cas de fraude ou de perte, l’investisseur peut se retrouver sans mécanisme de protection comparable à celui applicable à certains dépôts bancaires.
Le Mobile Money, un canal sous surveillance
L’essor de ces pratiques s’appuie également sur la forte utilisation des services de monnaie électronique en Guinée.
Selon l’analyse, les établissements de monnaie électronique, les prestataires de services de paiement et les banques ont un rôle important à jouer dans la détection des flux financiers inhabituels susceptibles d’être liés à des activités frauduleuses.
La surveillance des transactions, le signalement des opérations suspectes et la coopération avec les autorités judiciaires et de sécurité constituent ainsi des moyens essentiels pour lutter contre ces réseaux.
Pour Me Fodé Mourana Soumah, la lutte contre les escroqueries financières ne peut donc pas reposer uniquement sur les victimes. Elle nécessite une action coordonnée entre les institutions financières, les autorités de régulation, les services de sécurité et la justice.
OneCoin et BitConnect : des précédents qui alertent
L’analyse s’appuie également sur plusieurs affaires internationales pour illustrer les dangers liés aux promesses d’enrichissement rapide.
L’affaire OneCoin, présentée pendant plusieurs années comme une importante opportunité dans le domaine des crypto-monnaies, a entraîné des pertes évaluées à plusieurs milliards de dollars. Son cofondateur, Karl Sebastian Greenwood, a été condamné aux États-Unis à 20 ans de prison.
Autre exemple cité : BitConnect, plateforme qui promettait d’importants rendements grâce à un prétendu système de trading. Le montage a finalement été considéré comme une fraude de type Ponzi, avec des milliards de dollars de pertes alléguées.
Ces exemples montrent, selon l’avocat, qu’une présentation sophistiquée et l’utilisation du vocabulaire technologique ne suffisent pas à garantir la légitimité d’une plateforme d’investissement.
Les trois réflexes à adopter avant d’investir
Face à la multiplication des offres diffusées sur les réseaux sociaux, Me Fodé Mourana Soumah recommande trois règles essentielles.
Première règle : se méfier des rendements garantis. Une promesse de gains élevés, réguliers et sans risque doit immédiatement susciter la méfiance.
Deuxième règle : vérifier l’agrément. Avant de déposer son argent, l’investisseur doit chercher à identifier clairement l’entreprise, son statut juridique et les autorisations dont elle dispose.
Troisième règle : ne pas céder à la pression. Les invitations insistantes à investir rapidement ou à parrainer des proches constituent des signaux d’alerte lorsqu’elles sont associées à des promesses de gains faciles.
La vigilance collective comme meilleur rempart
Pour Me Fodé Mourana Soumah, la digitalisation des services financiers représente une opportunité importante pour l’inclusion économique en Guinée. Mais cette transformation numérique doit s’accompagner d’une meilleure information des citoyens et d’un renforcement de la surveillance du secteur.
Les expériences observées à l’étranger démontrent que les systèmes frauduleux peuvent prendre des formes particulièrement sophistiquées avant de s’effondrer, laissant les derniers investisseurs face à des pertes considérables.
La protection de l’épargne populaire repose ainsi sur un triptyque : l’information des citoyens, la vigilance des institutions financières et la fermeté des autorités de régulation et de justice.
Dans un contexte où les offres d’investissement circulent rapidement sur les réseaux sociaux, le message de Me Fodé Mourana Soumah se veut donc clair : face aux promesses d’enrichissement rapide, la prudence doit toujours primer sur l’appât du gain.
Me Fodé Mourana SOUMAH, MBA
Avocat au Barreau de Guinée
Associé-Gérant









