La Fédération Patronale des Associations de Presse de Guinée (FEPAPGUI) a franchi une étape majeure dans la structuration du secteur médiatique guinéen. Sa première assemblée générale constitutive s’est tenue ce jeudi 8 octobre à Conakry, sous la facilitation de la Confédération générale des entreprises de Guinée (CGE-GUI).
À l’issue de cette assemblée élective, onze membres issus de différentes organisations professionnelles de presse ont été élus au Conseil d’administration de la nouvelle fédération. À sa tête, Amadou Tham Camara, président de l’Association guinéenne de la presse en ligne (AGUIPEL), a été porté à la présidence.
Dans son premier discours en tant que président de la FEPAPGUI, il a placé son mandat sous le signe de la responsabilité, de l’unité, de la professionnalisation et surtout de la viabilité économique des entreprises de presse.

« C’est avec une profonde émotion, mais surtout avec un grand sens de responsabilité que je prends aujourd’hui la parole à l’occasion de la création de l’intégration patronale des associations professionnelles de presse de Guinée, la FEPAPGUI », a-t-il déclaré.
Amadou Tham Camara a salué le rôle joué par la CGE-GUI dans le processus de restructuration et de rapprochement des organisations professionnelles ayant abouti à la création de cette fédération patronale sectorielle. Il a également remercié les différentes institutions impliquées dans le processus, ainsi que les organisations de presse ayant accepté de dépasser leurs divergences.
« Lorsqu’un secteur décide de s’unir pour défendre ses intérêts collectifs, il ne renonce pas à sa diversité, il transforme sa diversité en force », a-t-il souligné.
Pour le nouveau président, la naissance de la FEPAPGUI intervient dans un contexte où la presse guinéenne doit elle-même engager une profonde transformation. « Le quatrième pouvoir qu’est la presse devait lui aussi faire sa mue, il devait engager sa propre refondation », a-t-il affirmé, tout en précisant que cette refondation ne saurait être synonyme d’uniformisation de la pensée ou de recul de la liberté éditoriale.
Elle doit plutôt permettre, selon lui, de renforcer « la responsabilité, le professionnalisme, la solidarité et surtout la structuration » du secteur.
« Les entreprises de presse sont des entreprises à part entière » L’un des points forts de son intervention a porté sur la situation économique des médias. Amadou Tham Camara estime que la liberté de la presse ne peut être durable sans des entreprises capables de fonctionner, d’investir et de créer des emplois.
« La liberté de la presse ne peut pas être durable si les entreprises de presse qui la portent ne sont pas elles-mêmes économiquement viables, juridiquement protégées et professionnellement solides », a-t-il déclaré.
Il a ainsi appelé à changer le regard porté sur les médias en tant qu’acteurs économiques. « Les entreprises de presse sont des entreprises à part entière, et non des entreprises entièrement à part », a-t-il lancé.
Selon lui, ces entreprises investissent, recrutent, forment, paient des salaires et contribuent à la création de richesses, tout en assurant une mission d’intérêt général : informer les citoyens. La FEPAPGUI entend donc plaider pour un environnement économique et fiscal mieux adapté aux réalités du secteur. Parmi ses priorités figurent notamment une fiscalité tenant compte des spécificités des médias, davantage de transparence dans l’attribution de la publicité institutionnelle, un meilleur accès aux financements et aux marchés, ainsi qu’une meilleure protection des contenus journalistiques.
« Nous ne demandons pas de privilèges. Nous demandons de l’équité, de la prévisibilité et un environnement permettant aux entreprises de presse de vivre de leur travail », a insisté le président.
La nouvelle organisation veut également s’attaquer aux mutations profondes qui bouleversent le modèle économique traditionnel des médias. Face à la montée en puissance des plateformes numériques, à l’augmentation des coûts de production et à l’arrivée massive de l’intelligence artificielle, Amadou Tham Camara estime que les entreprises de presse doivent repenser leurs modèles.

La FEPAPGUI prévoit notamment de favoriser la mutualisation de certains services, le développement de plateformes communes et la recherche de nouveaux mécanismes de financement.
Un Observatoire Économique des Médias devrait également voir le jour. Il aura pour mission de collecter des données sur le secteur, de suivre le marché publicitaire, d’analyser l’emploi et les modèles économiques des médias et de publier régulièrement un état de la presse en Guinée.
Le président de la FEPAPGUI a par ailleurs tenu à rassurer les travailleurs des médias et leurs organisations syndicales. Pour lui, la création du patronat de la presse ne doit pas être perçue comme une remise en cause du rôle des syndicats.
« Le patronat et les organisations syndicales ont vocation à être des partenaires dans la construction d’un secteur professionnel mieux organisé et plus protecteur pour les travailleurs », a-t-il déclaré.
Il a annoncé que la convention collective de la presse figurait au cœur des priorités de la nouvelle fédération et assuré que sa signature était « imminente ».
La FEPAPGUI entend ainsi faire du dialogue social l’un des piliers de son action, avec l’ambition de parvenir à un équilibre entre la viabilité économique des entreprises et l’amélioration des conditions de travail des journalistes, techniciens, administrateurs et autres professionnels du secteur.
Autre engagement annoncé : réduire les disparités entre les médias basés dans la capitale et ceux implantés à l’intérieur du pays.
« Nous ne voulons pas d’une presse à deux vitesses : une presse de Conakry et une presse de l’intérieur », a martelé Amadou Tham Camara.
La fédération prévoit ainsi la mise en place de points focaux régionaux et une meilleure intégration des médias de l’intérieur dans les politiques et programmes de développement du secteur.
La formation, l’emploi des jeunes, la promotion des femmes, la transformation numérique et le renforcement des capacités managériales figurent également parmi les chantiers annoncés.

« Notre mandat ne sera pas celui des discours, il sera celui des résultats » Conscient de la responsabilité qui lui incombe, le nouveau président de la FEPAPGUI a promis une gouvernance fondée sur la transparence, la redevabilité et la collégialité.
Les statuts prévoient notamment un commissariat aux comptes indépendant, la reddition annuelle des comptes, ainsi que la présentation régulière des rapports moral, d’activité et financier.
« La FEPAPGUI doit être une maison commune, mais une maison commune bien gérée », a-t-il déclaré.
S’adressant aux dirigeants des entreprises de presse, il les a également invités à dépasser leurs rivalités lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts communs du secteur.
« La concurrence peut être saine entre entreprises ; la division est dangereuse lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts collectifs du secteur », a-t-il prévenu.
Pour son premier mandat, plusieurs actions sont déjà annoncées : dialogue avec les pouvoirs publics sur l’environnement juridique, fiscal et économique de la presse, structuration du marché publicitaire, lancement de l’Observatoire Économique des Médias, programmes de formation, transformation numérique, réflexion sur l’intelligence artificielle et protection des contenus.
« Notre mandat ne sera pas celui des discours, il sera celui des résultats », a affirmé Amadou Tham Camara.
En conclusion, le nouveau président de la FEPAPGUI a lancé un appel aux autorités pour bâtir une nouvelle relation avec les entreprises de presse.
« Nous ne venons pas vous demander de choisir entre la presse et l’État, nous vous proposons de construire un partenariat », a-t-il déclaré.
L’objectif affiché est de parvenir à un « nouveau pacte entre la presse refondée et les pouvoirs publics », fondé sur la liberté, la responsabilité, le dialogue, la transparence, le développement économique et la confiance.
Pour Amadou Tham Camara, l’enjeu dépasse donc la simple création d’une nouvelle organisation patronale. Il s’agit de contribuer à l’émergence d’une presse guinéenne mieux organisée, plus professionnelle et capable de se financer durablement.
« Une presse libre doit être une presse responsable. Une presse responsable doit être une presse professionnelle. Une presse professionnelle doit être économiquement viable. Et une presse économiquement viable peut mieux servir la Guinée et les Guinéens », a-t-il conclu.
Avec la mise en place de la FEPAPGUI, le patronat de la presse guinéenne entend ainsi ouvrir une nouvelle page, où la défense de la liberté de la presse devra désormais s’accompagner d’une bataille tout aussi essentielle : celle de la solidité économique et de la professionnalisation des entreprises médiatiques.
Aboubacar Moussa Camara









