La Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) passe à la vitesse supérieure. Le parquet spécial vient d’ordonner l’ouverture d’une enquête préliminaire visant Ahmed Kanté, administrateur général de la société minière AGB2A-GIC. En cause : des soupçons d’évasion fiscale, de blanchiment de capitaux, de corruption et de manipulations financières internationales.
Le rouleau compresseur de la justice financière s’active de nouveau autour du secteur minier guinéen. Dans un soit-transmis officiel adressé au Directeur central de l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF), le parquet spécial de la CRIEF a ordonné l’ouverture d’une enquête préliminaire visant Ahmed Kanté, patron d’AGB2A-GIC, une entité majeure de l’exploitation bauxitique en Guinée.
Cette décision fait suite à une dénonciation enregistrée le 5 octobre 2026 sous le numéro 448. Le document judiciaire met en lumière des griefs particulièrement lourds portant sur la gestion des flux financiers de la société minière et de présumés transferts d’actifs vers l’étranger.
Un sponsoring litigieux à Chypre dans le collimateur
Au cœur de la dénonciation figure un contrat d’un genre particulier : un partenariat commercial liant la société AGB2A-GIC au Doxa Katokopias FC, un club de football professionnel évoluant à Chypre. L’entreprise minière y est présentée comme « Main Sponsor » (sponsor principal).
Pour les auteurs de la dénonciation, cet engagement financier à l’international pose un sérieux problème de justification économique. Pourquoi une société d’extraction de bauxite opérant en Guinée financerait-elle un club de football chypriote ? Le parquet spécial demande formellement à l’ORDEF de tirer cette affaire au clair : vérifier la légalité des paiements, tracer leurs montants, leur destination finale ainsi que leur enregistrement comptable et fiscal.
Les enquêteurs devront également examiner l’hypothèse de circuits financiers complexes transitant par plusieurs juridictions — notamment le Tchad et Chypre — à travers de potentiels contrats fictifs de prestations de services ou d’assistance technique destinés à exfiltrer les bénéfices hors du territoire guinéen.
Manipulations de prix et sociétés écrans
Outre le sponsoring chypriote, la dénonciation pointe du doigt de possibles manœuvres de « prix de transfert ». Selon les éléments transmis aux enquêteurs, la bauxite extraite du sous-sol guinéen aurait été vendue à des entités intermédiaires à des prix artificiellement minorés par rapport aux cours réels du marché mondial. Une stratégie qui aurait permis de déplacer une partie importante des profits hors du système fiscal guinéen avant toute imposition.
Face à ces soupçons de fraude fiscale massive, les magistrats de la CRIEF ont instruit les officiers de police judiciaire de traquer l’existence d’éventuelles sociétés écrans, de bénéficiaires effectifs dissimulés ou de liens capitalistiques cachés entre AGB2A-GIC et d’autres entités étrangères.
L’ORDEF aux commandes, la présomption d’innocence réaffirmée
Conformément au Code de procédure pénale et aux textes régissant la CRIEF, les investigations ont été confiées à l’ORDEF. Elles se dérouleront sous la direction directe de trois substituts du procureur spécial : Ousmane Sano, Biwon Millimono et Pierre Segbé Kamano. Le parquet a exigé le strict respect du secret de l’enquête afin de préserver la sérénité des actes à venir.
Cette nouvelle procédure vient alourdir le passif judiciaire d’Ahmed Kanté. L’homme d’affaires était déjà dans le viseur de la justice : en septembre 2025, la chambre spéciale de contrôle de l’instruction de la CRIEF avait ordonné la poursuite de son information judiciaire pour « abus de confiance », tout en abandonnant les charges de faux et usage de faux en écriture privée.
À ce stade de la procédure, il convient de rappeler que ces accusations découlent d’une dénonciation qui devra être minutieusement vérifiée par les limiers de l’ORDEF. L’ouverture de cette enquête préliminaire ne préjuge en rien de la culpabilité d’Ahmed Kanté, qui reste pleinement présumé innocent.
Il convient de rappeler qu’Ahmed Kanté fait déjà l’objet d’une autre procédure judiciaire, intentée contre lui par la société ABC par-devant la cour d’appel de Conakry.
Fodé Camara









