À l’occasion de la célébration du 68ᵉ anniversaire de l’indépendance de la République de Guinée, le Grand Forum Jeunesse Avenir a réuni plusieurs acteurs autour des enjeux liés à l’avenir de la jeunesse guinéenne. Marraine de l’événement, la ministre conseillère à la Présidence de la République, chargée des questions d’Enseignement supérieur et de Recherche scientifique, Dre Diaka Sidibé, a pris part à un panel consacré à la thématique : « Confiance en soi, développement personnel ».
Cette rencontre a été l’occasion pour la ministre conseillère de revenir sur les différentes réformes engagées dans le secteur éducatif, mais également d’adresser un message fort à la jeunesse guinéenne, appelée à se préparer aux profondes transformations de l’économie nationale, notamment dans le contexte du programme Simandou.
Au cours de son intervention, Dre Diaka Sidibé a notamment insisté sur la nécessité d’adapter les systèmes de formation aux exigences du marché de l’emploi. Selon elle, la Guinée est aujourd’hui engagée dans une dynamique de transformation qui doit permettre de passer d’une logique centrée essentiellement sur l’obtention du diplôme à une approche davantage orientée vers les compétences, l’innovation et l’entrepreneuriat.

« Aujourd’hui, à travers l’initiative du président de la République, les départements sectoriels ont reçu des réformes à mettre en œuvre. Ces réformes, c’est vraiment la révision des curricula de formation en Guinée. Raison pour laquelle je persiste et j’insiste là-dessus : nos systèmes sont en mouvement. »
Pour la ministre conseillère, l’accélération de ces réformes est également liée aux besoins générés par les grands projets de développement, particulièrement le programme Simandou. Elle annonce ainsi l’arrivée de nouveaux programmes de formation dans les institutions d’enseignement supérieur dès la rentrée académique 2026-2027.
« Le mouvement a commencé et il faut l’accompagnement du secteur privé. Parce qu’il ne s’agit plus simplement de la question du diplôme. Le diplôme est très important, personne ne le contestera. Mais nous aurons besoin désormais d’adresser ce diplôme à des compétences. Pas n’importe quelles compétences. À la fin, in fine, qu’est-ce que le jeune sait faire ? Est-ce qu’il sait résoudre un problème ? Est-ce qu’il va innover ? Est-ce qu’il va entreprendre ? »
Cette nouvelle orientation, explique-t-elle, doit permettre de mieux répondre aux besoins de l’économie guinéenne de demain. Il ne s’agit donc pas uniquement de multiplier les infrastructures universitaires, mais surtout de garantir la pertinence et la qualité des formations dispensées.

« L’enjeu pour aller vite n’est donc pas de créer de nouvelles écoles ou de construire davantage d’universités. Il faut qu’on s’assure que ce que nous dispensons répond aux besoins de l’économie du futur. »
La ministre a également évoqué la question de l’inadéquation entre la formation et l’emploi, ainsi que la nécessité de renforcer la place du numérique dans les parcours éducatifs.
« L’ambition du président de la République est simple : c’est de faire de chaque jeune Guinéen, non seulement pas un simple diplômé, mais un jeune capable de contribuer, d’innover, d’entreprendre et surtout de trouver sa place dans notre économie de demain à l’ère de Simandou 2040. »
Interrogée sur les mécanismes mis en place pour permettre au marché guinéen de disposer de ressources humaines capables de répondre aux besoins des entreprises et des grands projets, Dre Diaka Sidibé a expliqué que plusieurs réformes sont déjà engagées au niveau de l’Enseignement supérieur.
Elle a notamment cité la révision des programmes, la création de nouveaux parcours professionnalisants et le développement des formations d’ingénieurs.
« Les programmes ont été révisés justement pour revenir sur des parcours d’ingénieurs dans la plupart des instituts spécialisés. Donc aujourd’hui, à la rentrée prochaine, vous avez par exemple de nouveaux diplômes qui vont commencer. »
La ministre conseillère a particulièrement mis l’accent sur l’ouverture des diplômes universitaires de technologie (DUT), destinés à répondre à certains besoins professionnels qui nécessitent davantage de pratique et de professionnalisation.
« Les diplômes universitaires de technologie sont ouverts justement pour pouvoir adresser le problème que vous avez mentionné tout à l’heure pour certains métiers qui demandent plus de professionnalisation que de hautes études ou de hauts diplômes. »
À côté de ces formations professionnalisantes, de nouvelles filières d’ingénierie sont également développées afin de préparer, sur le moyen et le long terme, les compétences dont la Guinée aura besoin.
« De nouvelles filières d’ingénierie ont été adressées également afin de répondre aux besoins du programme Simandou sur le moins long terme. Parce qu’un ingénieur, ça ne se forme pas en un an. C’est pratiquement cinq années de parcours. »
Mais pour Dre Diaka Sidibé, la réussite de cette politique ne peut être obtenue sans une implication beaucoup plus forte du secteur privé. Les entreprises doivent, selon elle, participer à la formation pratique des jeunes à travers les stages, l’alternance et les différentes formes d’immersion professionnelle.
« Il faut vraiment une corrélation étroite entre le besoin de formation des entreprises, la réponse donnée par les institutions de formation, que ce soit technique ou supérieure, afin de créer des passerelles entre les sous-secteurs de l’éducation et le secteur privé. »
Elle invite ainsi les entreprises à accompagner les réformes engagées par l’État en ouvrant davantage leurs portes aux étudiants.
« Il faudrait que les entreprises aussi s’investissent dans les stages et les alternances. Parce que le diplôme certifie un parcours, le nombre d’années de formation. Mais la compétence s’acquiert. »
Autre axe évoqué par la ministre conseillère : l’entrepreneuriat étudiant. Dre Diaka Sidibé rappelle que des avancées ont été enregistrées avec la reconnaissance du statut de l’étudiant entrepreneur dans le cadre de la loi d’orientation de la recherche et de l’innovation en Guinée.
« Aujourd’hui, les efforts ont été consentis en termes de réformes afin de créer le statut de l’étudiant entrepreneur. D’ailleurs, il a été porté en loi, dans la loi d’orientation de la recherche et de l’innovation en Guinée. Aujourd’hui, le statut est voté par loi. »
Pour elle, l’ensemble de ces mécanismes doit contribuer à réduire le déficit de main-d’œuvre qualifiée et à renforcer le contenu local, particulièrement dans le contexte des grands projets structurants.
Elle insiste également sur la nécessité d’une meilleure coordination entre les différents sous-secteurs de l’éducation et le monde professionnel.
« Il faut que les sous-secteurs se regardent et communiquent d’un même langage. La révision curriculaire n’a de finalité objective que si cela s’adresse à un bassin de production. Nous formons pour qui ? Pour quel projet ? Pour quelles compétences à la fin ? »
Une interrogation qui résume, selon elle, l’un des principaux défis de la politique éducative actuelle : faire en sorte que chaque formation corresponde à un besoin réel de l’économie et que chaque jeune puisse, à la sortie de son parcours, disposer de compétences directement valorisables.
« Ayez confiance en vous, mais avec une compétence » : le message fort de Dre Diaka Sidibé à la jeunesse
En conclusion de son intervention, la ministre conseillère à la Présidence de la République a livré un message particulièrement fort aux jeunes Guinéens. Pour elle, la confiance en soi ne peut être durable que lorsqu’elle repose sur un véritable savoir-faire.
« D’avoir confiance en eux-mêmes, mais cette confiance doit être bâtie sur une compétence. Si vous devez vous dire : j’ai la force, je suis jeune, j’ai l’énergie, mettez cette énergie, cette force dans un talent. »
Dre Diaka Sidibé établit ainsi une distinction claire entre le diplôme et le talent, considérant que la capacité à résoudre des problèmes, à créer et à produire constitue une véritable valeur ajoutée pour un jeune.

« Le talent, ce n’est pas le diplôme, c’est quelque chose que vous savez faire, quelque chose que vous savez résoudre. Et ça, c’est extrêmement important. Avec ou sans diplôme, si vous sortez avec une compétence, vous saisissez plus facilement des opportunités. »
S’appuyant sur son propre parcours professionnel, de l’ingénierie géologique au monde universitaire, de la recherche aux responsabilités publiques, elle encourage les jeunes à ne jamais abandonner les compétences qu’ils ont acquises au fil de leur parcours.
« Je suis passée d’ingénieur géologue, j’ai connu le terrain, le soleil, les chaînes de montagne. Ensuite, j’ai connu les salles de classe, j’ai connu des labos de recherche avant d’accéder aux plus hautes fonctions de l’État. »
Et de conclure par une exhortation qui résume l’esprit de son intervention au Grand Forum Jeunesse Avenir :
« Ayez confiance en vous, mais avec une compétence, parce qu’in fine, travaillez pour que votre talent parle pour vous. C’est ce que nous souhaitons pour la jeunesse guinéenne. »
À travers ce forum, le message porté par Dre Diaka Sidibé apparaît ainsi comme un appel à une nouvelle conception de la réussite : le diplôme comme socle, la compétence comme force, l’innovation comme moteur et l’entrepreneuriat comme opportunité.
Dans une Guinée appelée à connaître de profondes transformations économiques avec les grands projets comme Simandou, l’enjeu est désormais de faire de la jeunesse non seulement une bénéficiaire du développement, mais surtout un acteur et un moteur de la croissance nationale.
Aboubacar Moussa Camara
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