Conakry, 15 juillet 2026 – La Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) passe à la vitesse supérieure dans un dossier susceptible de mettre en cause plusieurs anciens responsables de l’administration publique et des collectivités locales. Le parquet spécial a officiellement annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire sur de présumés détournements de fonds publics portant sur près de 298 milliards de francs guinéens, issus du Fonds de développement économique local (FODEL).
Cette procédure judiciaire intervient à la suite de plusieurs rapports définitifs de la Cour des comptes, qui auraient relevé de nombreuses irrégularités dans la gestion des ressources destinées à financer le développement des collectivités affectées par les activités minières.
Selon les informations communiquées par le parquet spécial, les investigations portent précisément sur un montant de 297 636 025 061 francs guinéens, représentant les contributions versées entre 2015 et 2021 par douze sociétés minières opérant sur le territoire national. Ces ressources devaient servir à financer des infrastructures et des projets de développement au bénéfice des populations des préfectures de Boké, Boffa, Kindia, Dinguiraye et Siguiri, fortement impactées par l’exploitation des ressources minières.
Des infractions économiques et financières particulièrement graves
Au regard des premiers éléments du dossier, le parquet évoque plusieurs infractions présumées d’une particulière gravité. Les personnes visées par cette enquête préliminaire sont soupçonnées de détournement de deniers publics, corruption d’agents publics et privés, concussion, enrichissement illicite, prise illégale d’intérêts et complicité.
Ces accusations devront être confirmées ou infirmées au terme des investigations menées par les services compétents.
Plusieurs anciens responsables administratifs et élus locaux concernés
La liste des personnes citées dans cette procédure comprend notamment des hauts cadres de l’administration minière, d’anciens élus locaux ainsi que des responsables financiers communaux ayant exercé des fonctions au moment des faits présumés.
Sont notamment concernés :
Mamadouba Tawel Camara, président du comité conjoint du FODEL et, au moment des faits, secrétaire général du ministère des Mines ;
Mohamed Camus Camara, ancien maire de la commune urbaine de Boké ;
L’ancien maire adjoint de la commune urbaine de Boké, également président du comité de suivi-évaluation des projets du FODEL ;
Le receveur de la municipalité de Boké au moment des faits ;
Abdoul Goudoussy Manet, maire de la commune rurale de Dabiss et receveur communal au moment des faits ;
Mamadouba Youla, maire de la commune rurale de Tougnifily ;
Le receveur communal de Tougnifily au moment des faits ;
Sékou Oumar Diakité ;
Débré Sacko ;
Ibrahima Sory Marie Soumah, représentant de l’administration préfectorale au sein du comité d’appui à la gestion du FODEL de Dinguiraye, ainsi qu’assistant de consultant au moment des faits.
Le parquet précise que cette liste n’est pas exhaustive et que d’autres personnes citées dans les rapports pourraient également être entendues dans le cadre de l’enquête.
Des services spécialisés mobilisés
Afin de faire toute la lumière sur ce dossier, le parquet spécial de la CRIEF a mobilisé plusieurs unités spécialisées de la police et de la gendarmerie. Les personnalités concernées seront prochainement auditionnées par les officiers de police judiciaire (OPJ) de :
la Direction centrale de l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF) ;
la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) ;
le Secrétariat à la Présidence chargé des Services spéciaux et de la lutte contre le crime organisé.
Ces auditions devraient permettre de déterminer les responsabilités éventuelles dans la gestion des fonds du FODEL, un mécanisme créé pour assurer que les revenus générés par l’exploitation minière contribuent directement au développement des collectivités locales concernées.
L’ouverture de cette enquête constitue une nouvelle étape dans la lutte contre les infractions économiques et financières en Guinée. À ce stade de la procédure, les personnes citées bénéficient de la présomption d’innocence jusqu’à ce qu’une décision de justice définitive intervienne.
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