L’étau judiciaire se resserre autour de l’artiste guinéenne Hadiatou Bah, connue sous le nom de scène Hadya. Devant le tribunal correctionnel de Dixinn, la chanteuse a exprimé des regrets après les propos controversés tenus lors d’une interview accordée aux créateurs de contenu SoprAlpha et Saad, diffusée sur les réseaux sociaux.

À la barre, la prévenue a reconnu avoir tenu des déclarations qu’elle juge aujourd’hui déplacées, affirmant qu’elles relevaient davantage d’une stratégie de visibilité médiatique que de faits réels.
« Je regrette les propos que j’ai tenus dans l’interview. Je voulais créer le buzz, car cela fait deux ans que je suis dans la musique et je n’étais pas connue. Je demande pardon », a déclaré Hadya devant le tribunal.
Malgré cette demande de pardon, la chanteuse reste poursuivie pour « outrage public à la pudeur, incitation à la débauche, proxénétisme et complicité ». À l’issue de l’audience, elle a été reconduite en détention.
« C’est ma langue qui a glissé »
Dans sa déposition, Hadya est revenue en détail sur plusieurs passages de l’entretien devenu viral sur Facebook. Elle a notamment tenté de clarifier certaines affirmations qui ont suscité l’indignation et conduit à l’ouverture de poursuites judiciaires.
« J’ai dit qu’il y avait même des hommes qui me demandaient de les aider à trouver des filles en me donnant 500 000 GNF, mais en réalité, je ne l’ai jamais fait. J’ai également dit que, moi, je ne sors pas avec un homme qui ne s’assume pas. Je demande pardon, c’est ma langue qui a glissé. Je ne l’ai jamais fait, je cherchais le buzz. Je reconnais que j’ai dit de gros mots dans la vidéo. Mais je n’ai jamais fourni de filles à un homme, et aucune fille ne peut s’avancer pour dire que je l’ai placée », s’est-elle défendue.
L’interview en question a été enregistrée dans un complexe de loisirs situé à Kipé, en haute banlieue de Conakry, dans le cadre de la promotion d’un prochain projet musical de l’artiste.
Les créateurs de contenu Ahmed Saadate Diallo, alias Saad, et Mamadou Alpha Baldé, connu sous le nom de SoprAlpha, ont eux aussi comparu devant le tribunal. Ils ont expliqué que leur démarche n’avait pas pour objectif de troubler l’ordre public ni de promouvoir des pratiques illégales.
« On n’a pas eu l’intention de diffuser l’interview pour troubler l’ordre public, mais pour sensibiliser », a affirmé Saad à l’audience.
Liberté provisoire rejetée
Les prévenus, assistés de leur avocat, ont plaidé la thèse d’une mauvaise interprétation de contenus destinés avant tout à créer le débat et à attirer l’attention du public. La défense a également introduit une demande de mise en liberté provisoire.
Mais le juge a rejeté cette requête, estimant nécessaire le maintien en détention des personnes poursuivies jusqu’à la prochaine audience. L’affaire a été renvoyée au 10 juin.
Une décision vivement critiquée par Me Alpha Amadou DS Bah, avocat de la défense, qui considère que les conditions d’un maintien en prison ne sont plus réunies.

Pour plusieurs observateurs, cette affaire relance le débat sur les limites du “buzz” sur les réseaux sociaux, la responsabilité des créateurs de contenu et les conséquences judiciaires des déclarations faites dans un contexte de promotion artistique.

 

 

AMC