L’ancien Premier ministre et président de l’Union des forces républicaines (UFR), aujourd’hui dissoute, Sidya Touré est décédé ce vendredi 25 septembre 2026 à Paris, à l’âge de 81 ans, des suites de maladie, a appris Guinéenews de sources familiales.

Le décès est survenu aux environs de 23 heures GMT (1 heure, heure locale) à l’Hôpital américain de Paris, où l’ancien Premier ministre était hospitalisé depuis près de deux semaines. Malade depuis plusieurs mois à Abidjan, en Côte d’Ivoire, Sidya Touré était arrivé en France dans un état jugé critique, selon nos sources.

Avec sa disparition, la Guinée perd un acteur majeur de sa vie publique, dont le parcours aura traversé près de trois décennies d’histoire politique nationale.

Né en 1945, Sidya Touré a effectué une partie importante de sa carrière en Côte d’Ivoire, notamment dans les milieux administratifs et économiques. Il a également été directeur de cabinet d’Alassane Ouattara, alors Premier ministre ivoirien et aujourd’hui président de la République de Côte d’Ivoire.

Son expérience acquise dans l’administration ivoirienne le conduit au sommet de l’État guinéen. Le 9 juillet 1996, le président Lansana Conté le nomme Premier ministre, faisant de lui le premier titulaire de la Primature après plusieurs années d’interruption de cette fonction.

Sidya Touré restera à la tête du gouvernement jusqu’au 8 mars 1999, avant d’être remplacé par Lamine Sidimé.

Son arrivée intervient dans un contexte marqué par de fortes difficultés économiques et financières ainsi que par d’importantes tensions sociales et politiques. Il présente alors la réforme de l’administration et la relance économique comme des priorités de son action gouvernementale.

Durant ses années à la Primature, Sidya Touré défend une approche fondée sur la rigueur administrative et les réformes économiques et financières.

Son gouvernement est notamment associé à des initiatives visant à améliorer les services publics, notamment la desserte en eau et en électricité à Conakry, ainsi qu’aux efforts entrepris pour renforcer les relations de la Guinée avec les institutions financières internationales.

Cette période est également marquée par les démarches engagées autour de l’allègement de la dette guinéenne dans le cadre de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés.

Mais c’est surtout après son départ du gouvernement que Sidya Touré va s’imposer durablement comme l’une des figures incontournables de la politique guinéenne.

Après avoir quitté le gouvernement, Sidya Touré s’engage dans l’opposition et prend la tête de l’Union des forces républicaines (UFR), formation qui devient progressivement l’un des principaux partis de l’opposition.

En 2010, il se présente à l’élection présidentielle et arrive troisième au premier tour avec 13,62 % des suffrages, derrière Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo.

Sa carrière politique sera ensuite rythmée par les grandes crises et échéances électorales qui ont marqué la Guinée au cours des dernières décennies. Il sera notamment Haut Représentant du président Alpha Condé, avant de reprendre progressivement une position critique à l’égard du pouvoir.

Parmi les épisodes les plus marquants de son parcours figure la manifestation du 28 septembre 2009 au stade de Conakry.

Sidya Touré fait alors partie des responsables de l’opposition mobilisés contre une éventuelle candidature du chef de la junte, Moussa Dadis Camara, à la présidentielle.

La manifestation est violemment réprimée. Des dizaines de personnes sont tuées et de nombreux responsables politiques et militants sont blessés. Sidya Touré lui-même est grièvement blessé à la tête.

Cet épisode restera profondément associé à son parcours politique et à l’histoire récente de la Guinée.

Une voix influente sur la gouvernance et l’avenir de la Guinée

Au fil des années, Sidya Touré s’impose comme un interlocuteur régulier des médias nationaux et internationaux sur les questions de gouvernance, d’économie, de démocratie et de développement.

Ses prises de position publiques mettent régulièrement en avant la rigueur dans la gestion de l’État, la nécessité des réformes économiques et le respect des institutions.

Son expérience au sommet de l’État lui permettait également de porter un regard particulier sur les différentes périodes de la gouvernance guinéenne, de Lansana Conté à Alpha Condé, en passant par les périodes de transition militaire.

Après le coup d’État du 5 septembre 2021 ayant renversé Alpha Condé, Sidya Touré quitte la Guinée et s’installe en Côte d’Ivoire.

Depuis son éloignement, il continue toutefois à intervenir sur la situation politique nationale et à défendre les positions de son parti.

Ces dernières années auront ainsi été marquées par une présence politique essentiellement à distance, alors que l’UFR et plusieurs autres formations politiques étaient confrontées aux bouleversements liés à la transition ouverte après la prise du pouvoir par les militaires.

La mort de Sidya Touré intervient quelques mois seulement après celle de Bakary Goyo Zoumanigui, autre figure historique de l’UFR et ancien vice-président de l’Assemblée nationale, décédé à Conakry le 7 juin 2026.

Quelques jours avant la disparition de Sidya Touré, l’ancien député et responsable de l’UFR Babara Fofana est également décédé à Conakry.

La disparition successive de plusieurs cadres historiques constitue ainsi un nouveau coup dur pour les anciens compagnons politiques de Sidya Touré et pour une formation dont il aura été le principal visage pendant des décennies.

Premier ministre, candidat à la présidentielle, chef de parti, Haut Représentant du chef de l’État et figure historique de l’opposition : Sidya Touré aura occupé plusieurs des principales fonctions de la vie publique guinéenne.

Son parcours aura traversé les grandes séquences de l’histoire récente du pays : les années Lansana Conté, la transition militaire, les événements du 28 septembre 2009, la présidentielle de 2010, la présidence d’Alpha Condé et, enfin, la transition ouverte par le coup d’État de 2021.

Au-delà des divergences que son action politique a pu susciter, sa disparition marque celle d’un acteur qui aura durablement participé aux débats sur l’avenir institutionnel, économique et politique de la Guinée.

À 81 ans, Sidya Touré laisse derrière lui près de trois décennies d’engagement au service de l’État et de la politique guinéenne, ainsi qu’une formation politique dont il aura été, pendant des années, l’une des principales incarnations

 

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