Ils avaient promis d’être des députés de proximité. Cette semaine, cette promesse s’est matérialisée au bout d’une piste boueuse et difficilement praticable, jusqu’à Kinsilim-Messidé, un hameau de la sous-préfecture de Kolaboui, dans la préfecture de Boké. Pour la première fois de son histoire, cette communauté a reçu la visite d’un élu de la nation.
Ce matin-là, sous une pluie battante, le cortège officiel de l’honorable Mamadou Oury Bah, député de la circonscription de Boké, peine à avancer sur une piste transformée en véritable bourbier. Le véhicule finit par s’immobiliser, obligeant le député à poursuivre son chemin à pied.
Pour les éleveurs de Kinsilim-Messidé, qui vivent au quotidien au milieu de leurs troupeaux, cette visite dépasse largement le cadre d’une simple rencontre avec un responsable politique. Elle constitue avant tout une reconnaissance.

« C’est une journée remarquable pour nous, parce que c’est la première fois qu’on reçoit une délégation officielle dans notre secteur. »
Derrière la fierté suscitée par cette première visite officielle, la réalité du quotidien demeure cependant difficile. Dans ce hameau, la vie des éleveurs reste étroitement liée aux saisons, avec des périodes marquées par l’incertitude et la précarité.
À leurs préoccupations s’ajoute une infrastructure devenue, paradoxalement, le symbole du développement minier de la région : la route empruntée par les camions transportant la bauxite. Pour les habitants, elle représente aussi un danger quotidien.
« Pendant l’hivernage, on n’a pas beaucoup de problèmes. Mais après l’hivernage, pendant la saison sèche, on a de sérieux problèmes. Donc, tout ce qu’on va plaider auprès des députés, qui sont venus aujourd’hui nous écouter et chercher à connaître nos inquiétudes concernant le bétail, c’est de nous aider à trouver des solutions pour l’alimentation de nos animaux. Nous demandons notamment l’aménagement des bas-fonds et des zones permettant de produire suffisamment de nourriture pour notre bétail. C’est l’une de nos principales inquiétudes. Il y a aussi le problème de la route minière. Vous savez, cette route est venue diviser notre village en deux parties. Nous n’avons pas suffisamment d’espace pour faire circuler nos animaux. Et chaque fois, nous enregistrons des accidents avec les camions qui transportent la bauxite. En tout cas, nous allons soumettre cette préoccupation aux députés et demander l’aide des autorités pour qu’une solution soit trouvée. »

Face à ces éleveurs, un député qui connaît particulièrement bien le monde pastoral. Mamadou Oury Bah n’est certes pas originaire de Kinsilim-Messidé, mais la vie au milieu des troupeaux lui est familière.
La pluie, ce jour-là, ne lui aura épargné aucun détour. Après l’immobilisation de son véhicule dans la boue, il poursuit son trajet à pied pour aller à la rencontre des éleveurs, avant de trouver un bref refuge dans une case.
« Comme promis pendant la campagne, nous serions des députés de proximité, à l’écoute de toutes les composantes sociales et de toutes les corporations. C’est pourquoi, ce jour, nous sommes venus à Kinsilim-Messidé, auprès des éleveurs, pour écouter leurs préoccupations. C’est ce qui nous a amenés ici. Le président de l’Assemblée nationale nous a donné une feuille de route pour aller remercier et écouter les populations. C’est dans ce cadre que je suis arrivé à Kinsilim-Messidé. »

Interrogé sur ses premières impressions après cette rencontre, le député insiste sur la dimension personnelle de cette visite.
« Le constat, c’est que je me retrouve d’abord dans mon milieu. Mon milieu d’enfance. Je suis fils de paysan et fils d’éleveur. J’ai grandi au troupeau, j’ai grandi au champ.
Donc, c’est une partie de ma vie d’enfance que je retrouve aujourd’hui. C’est un plaisir pour moi de voir ces animaux, de contempler ces cases que j’ai connues avec ma mère. C’est un honneur et une fierté pour moi. »
Au-delà de l’émotion, la rencontre a également permis de mettre sur la table des préoccupations très concrètes. Parmi elles, l’application du Code pastoral occupe une place centrale.
Les éleveurs déplorent notamment le manque de zones de pâturage et les difficultés liées au non-respect des espaces réservés à la transhumance. Une situation qui, selon eux, complique davantage la cohabitation entre activités agricoles et pastorales.

« Je viens d’écouter ces éleveurs et les représentants des éleveurs au niveau sous-préfectoral, préfectoral et régional. Je les rassure que leurs préoccupations seront remontées au niveau de l’Assemblée nationale.
Je leur demande simplement de se rapprocher de l’autorité communale afin d’identifier, avec les responsables de la commune, leurs différentes préoccupations et de les mettre en priorité.
Nous pourrons ainsi les intégrer dans notre rapport de vacances parlementaires, afin que le gouvernement puisse en tenir compte dans ses projets et ses programmes, notamment dans le programme Simandou 2040.
Il faut intégrer les préoccupations des éleveurs dans ce programme afin qu’ils puissent être accompagnés. Nous savons que les éleveurs et les agriculteurs ne peuvent pas être dissociés. Mais il faut mettre en place un système de coordination entre les deux, pour que l’élevage ne puisse pas empiéter sur l’agriculture, et vice versa. C’est une préoccupation majeure du président de la République pour les sept prochaines années : aider et accompagner l’agriculture, l’élevage, l’autonomisation des femmes et l’emploi des jeunes. Voilà les grands axes du développement que nous devons prendre en compte. »
La tournée parlementaire ne s’arrête pas à Kinsilim-Messidé. Direction ensuite le centre-ville de Kolaboui, où d’autres acteurs de la filière bétail attendent à leur tour les représentants de la nation : vendeurs de bétail et bouchers. Ici, le décor change. Plus de troupeaux à perte de vue ni de pistes détrempées, mais un marché, des étals et une autre préoccupation majeure : la salubrité. Depuis plusieurs années, vendeurs et bouchers réclament la construction d’un abattoir moderne, accompagné de boucheries répondant aux normes, afin que la viande commercialisée à Kolaboui puisse être vendue dans des conditions respectueuses de la santé des consommateurs.
La doléance est différente, mais elle rejoint celle exprimée quelques heures plus tôt par les éleveurs de Kinsilim-Messidé : celle d’être vus, entendus et surtout pris en compte dans les politiques publiques.
D’un bout à l’autre de la filière bétail, les mêmes attentes se dessinent.
À Kinsilim-Messidé comme à Kolaboui, les acteurs du secteur ont exposé leurs difficultés et exprimé leur confiance envers leurs représentants.
Désormais, ils attendent des réponses concrètes.
Avec nos confrères du site Leguideinfo.net









