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Une affaire opposant un homme d’affaires à un notaire est actuellement examinée par le Tribunal de première instance (TPI) de Kaloum. Le dossier, ouvert depuis février dernier, porte sur des accusations d’abus de confiance et d’émission de chèques sans provision visant Maître François Fana Bangoura.
Le plaignant, Elhadj Mohamed Lamine Soumah, affirme avoir confié d’importantes sommes d’argent au notaire dans le cadre d’un projet d’acquisition immobilière à Kaloum. De son côté, le prévenu rejette catégoriquement les accusations et dénonce ce qu’il qualifie d’« acharnement ».
À la barre, ce lundi 18 mai 2026, Maître François Fana Bangoura a contesté l’ensemble des faits qui lui sont reprochés. Le notaire soutient être victime de pressions et de menaces provenant du plaignant.
Selon ses déclarations, il aurait reçu plusieurs messages vocaux ainsi que des appels téléphoniques évoquant un mandat d’arrêt à son encontre. Il affirme également que le plaignant lui aurait indiqué être en contact avec un juge.
Le prévenu estime par ailleurs qu’il n’existe plus aucun différend financier entre lui et la famille Soumah, ajoutant qu’il fait aujourd’hui l’objet d’un acharnement judiciaire.
Invité à s’exprimer devant le tribunal, Elhadj Mohamed Lamine Soumah a expliqué avoir entretenu des relations de confiance avec le notaire depuis une dizaine d’années.
Selon lui, cette proximité justifiait les remises d’argent effectuées sans documents écrits. Il affirme avoir confié plusieurs montants à Maître François Fana Bangoura afin de faciliter l’achat d’un immeuble à Kaloum. Plus loin, il affirme également que le prévenu aurait signé plusieurs engagements de remboursement de son argent.
S’exprimant devant la presse, Maître Lansana Condé, avocat de la partie civile, a défendu la position de son client tout en affirmant disposer de preuves matérielles.
« D’entrée de jeu, j’ai le cœur très serré de parler de cette affaire à la presse. Mais puisque c’est l’avocat même du notaire qui a été le premier à en parler, nous saisissons cette opportunité pour donner notre version des faits.
Mon client, Elhadj Mohamed Lamine Soumah, est un homme d’affaires qui entretenait des relations de confiance avec Maître François Fana Bangoura, qu’il considérait comme un frère. Dans ce cadre, il lui a remis des fonds afin de l’aider à acquérir un bien immobilier à Kaloum.
Au fil du temps, mon client a estimé que le projet n’avançait pas dans le sens souhaité et que ses intérêts étaient menacés. Il a alors décidé de saisir la justice. Selon lui, les montants engagés auraient atteint plusieurs milliards de francs guinéens.
Pour honorer certains engagements, le notaire aurait émis plusieurs chèques sans provision. Nous avons présenté les originaux à l’audience. Depuis le 13 février, date d’ouverture de la procédure, le notaire ne comparaissait pas régulièrement.
Aujourd’hui, nous avons plusieurs acquis dans ce dossier. Après certaines mesures envisagées par le tribunal, notamment un mandat et la saisie de compte, des chèques de plus de 400 millions de francs guinéens ont finalement été provisionnés et remis à mon client.
En outre, le notaire aurait signé un engagement écrit reconnaissant une dette de plus de 6 milliards de francs guinéens. La défense tente aujourd’hui de contester cet engagement, mais nous estimons cela impossible au regard du droit.
C’est une affaire très claire et très propre, sans faux pas de notre côté. »
La défense parle d’accusations « fallacieuses »
Pour la défense, les accusations formulées contre le notaire seraient dépourvues de fondement juridique et matériel.
Maître Facinet Soumah, avocat du prévenu, soutient que Maître François Fana Bangoura a longtemps travaillé avec la famille du plaignant, notamment dans des dossiers successoraux et d’autres procédures aujourd’hui clôturées.
« Ces accusations sont fallacieuses et ne reposent sur aucun acte matériel. Le notaire a travaillé pour la famille de M. Soumah dans plusieurs dossiers désormais clos.
Selon nous, certains chèques brandis aujourd’hui étaient des chèques émis dans un cadre d’arrangement entre les parties. Lorsque les fonds n’étaient pas encore disponibles, le notaire demandait simplement de patienter avant encaissement. Dans plusieurs cas, les montants étaient ensuite réglés autrement, notamment en espèces ou par de nouveaux chèques.
Par confiance, le notaire ne récupérait pas systématiquement les anciens chèques annulés. Ce sont ces documents qui sont aujourd’hui présentés comme des chèques sans provision.
Nous estimons également que l’engagement de payer évoqué par la partie civile aurait été obtenu sous la pression liée à la menace d’un mandat d’arrêt.
Au regard des débats, nous considérons que les accusations restent infondées et que la défense dispose d’éléments solides pour y répondre. »
En l’absence de certaines pièces justificatives annoncées par la partie civile, le tribunal a décidé de renvoyer l’affaire au 8 juin prochain pour la poursuite des débats et la production des documents attendus.
Aboubacar Moussa Camara