La reprise présumée des activités de la société AGB2A-GIC relance de vives interrogations sur la gouvernance, la transparence et le respect du cadre légal dans le secteur minier guinéen. Selon plusieurs sources concordantes sur le terrain, GIC aurait repris le transport de la bauxite, laissant supposer une relance effective des opérations d’exportation.
Dans le même temps, sur le marché chinois, l’entreprise est présentée comme ayant retrouvé un statut légal d’exportateur de bauxite. Une affirmation qui interpelle, dans la mesure où le droit minier guinéen est sans équivoque : l’exportation de bauxite n’est autorisée qu’après l’octroi formel d’un permis ou d’une licence minière.
Or, les vérifications effectuées auprès du ministère des Mines et de la Géologie, croisées avec les données officielles du cadastre minier de Guinée, ne font apparaître aucune licence minière accordée à AGB2A-GIC à ce jour. Une situation qui pose une question centrale : sur quelle base juridique cette société exporterait-elle la bauxite guinéenne ?
Faute de réponse officielle, une hypothèse plus grave s’impose dans le débat public : assiste-t-on à une exploitation et à une exportation de bauxite en dehors de tout cadre légal, au détriment du patrimoine minier national et des intérêts de l’État guinéen ?
Cette opacité est d’autant plus préoccupante que toute autorisation ministérielle dans le secteur minier est, par principe, soumise à publication officielle. Pourtant, aucune communication du ministère des Mines et de la Géologie, ni sur ses plateformes institutionnelles ni dans le Journal officiel, ne fait état d’une quelconque autorisation accordée à AGB2A-GIC.
Le contraste avec les années précédentes est saisissant. Sous l’autorité de l’actuel ministre des Mines, Bouna Sylla, chaque décision relative à AGB2A-GIC avait suscité de violentes polémiques, certains l’accusant alors de blocage et de rigidité administrative. Avec le recul, de nombreux observateurs estiment aujourd’hui que ces positions relevaient avant tout d’une application stricte des textes miniers en vigueur.
Dès lors, comment expliquer ce changement apparent de posture ? Comment comprendre que ce qui était hier jugé juridiquement impossible ou irrégulier semble aujourd’hui toléré, voire facilité, sans justification officielle ni traçabilité administrative accessible au public ?
Le silence prolongé des autorités compétentes ne fait qu’alimenter les suspicions. Y a-t-il eu une autorisation spéciale ? Un aménagement discret du cadre réglementaire ? Ou une reprise des activités en dehors des procédures légales ? Autant de zones d’ombre inquiétantes dans un secteur stratégique, pilier de l’économie guinéenne.
L’affaire soulève également une autre interrogation majeure : comment le ministère des Mines et de la Géologie a-t-il pu accorder une quelconque autorisation à l’ancien directeur général de la SOGUIPAMI, permettant à d’anciens responsables publics de tirer profit de leurs fonctions antérieures ? Une question d’autant plus sensible que trois dossiers judiciaires pour abus de confiance visent Ahmed Kanté, selon des sources judiciaires.
Au-delà du seul cas AGB2A-GIC, c’est la question de l’égalité devant la loi qui est posée. Les règles du secteur minier s’appliquent-elles de manière uniforme à tous les opérateurs ? Ou certaines entreprises bénéficient-elles de traitements dérogatoires, loin de toute transparence, au risque de fragiliser la crédibilité de l’action publique ?
Alors que la Guinée affiche sa volonté de renforcer la gouvernance minière, de sécuriser les investissements et de rompre avec les pratiques opaques, le dossier AGB2A-GIC apparaît comme un test majeur de cohérence institutionnelle et de redevabilité de l’État.
Face à ces interrogations légitimes, une clarification officielle du ministère des Mines et de la Géologie s’impose avec urgence. Les citoyens, les acteurs du secteur et les partenaires du pays sont en droit de savoir : sur quelle base juridique AGB2A-GIC opère-t-elle aujourd’hui ? Et pourquoi cette décision, si elle existe, reste-t-elle absente des canaux officiels de communication de l’État ?
À défaut de réponses claires, publiques et documentées, les soupçons persistent. Une certitude demeure : dans un État de droit, le silence n’est jamais une réponse.
Ci-joint le cadastre minier guinéen.

Lansana YANSANÉ









