Le Centre Culturel Franco-Guinéen (CCFG) est le théâtre d’un important contentieux social et financier. M. Sambou Sylla, ancien responsable de l’administration financière, réclame à l’institution le paiement de plus de 251 millions de francs guinéens (GNF) à titre d’indemnisation, suite à la rupture de son contrat qu’il qualifie d’abusive.
M. Sylla affirme avoir été victime d’une rupture subite de contrat, sans avertissement préalable, par la direction générale du CCFG. Selon l’ancien cadre, cette décision, notifiée le 4 septembre 2025, serait une mesure de rétorsion directe faisant suite à une grève des employés survenue en mai 2025.
I. Origine du conflit : grève et accusations de rétorsion
Le conflit a éclaté en mai 2025, lorsque le Collectif des travailleurs du CCFG a initié une grève pour exiger une augmentation des salaires et l’amélioration des conditions de travail.
Considéré par la direction comme l’instigateur principal de cette mobilisation, M. Sylla a rapidement été ciblé.
« Il s’agit de la grève que nous avons organisée à travers le collectif des travailleurs. Suite à ça, il y a pas mal de nos amis qui ont été avertis. Mais moi personnellement, il a été question de faire ce que la Directrice appelle la rupture du contrat », explique M. Sylla.
L’ancien responsable administratif et financier dénonce également une violation du Code du travail par le CCFG :
« La Direction a oublié qu’elle a non seulement violé la loi en me donnant 4 contrats CDD successifs. Cette affaire, nous avons essayé de la régler à l’amiable au niveau de l’Inspection Générale du Travail. »
II. Les accusations réciproques : vengeance ou fautes graves ?
M. Sylla soutient que la rupture de contrat, motivée par de graves accusations de la direction qu’il réfute, est un acte de « vengeance » lié à des désaccords internes concernant la gestion financière. Il souligne que la direction générale a tenté de le discréditer :
« Il y a eu des échanges houleux de mails entre nous parce que la Direction voulait me coller une étiquette que je n’ai pas pu admettre. Entre autres, on me dit que j’ai fait clash sur Facebook, et on m’accuse, en tant que responsable administratif et financier, d’avoir ouvert une enveloppe contenant des documents d’audits », détaille M. Sylla.
Il ajoute :
« La Direction m’a aussi accusé de falsifier leur signature, ce qui est totalement faux. Je me suis fait l’idée qu’ils voulaient juste me liquider parce que je me suis opposé à certaines pratiques qui étaient dans le centre avant mon arrivée. Je me suis opposé, par exemple, à une entreprise fantôme créée sur le dos du centre dans le but uniquement de sortir l’argent. »
Ces différends sur le contrôle des dépenses l’auraient mis en conflit direct avec la directrice générale adjointe et son collaborateur, Kerfalla Camara.
III. Le montant en jeu et la tentative de médiation ministérielle
Face à l’impasse, l’affaire a nécessité l’intervention des autorités. L’ancien cadre révèle que le ministre de la Culture et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla, a dépêché un émissaire, Malick Kébé, pour tenter une médiation.
« Le Ministre Moussa Moïse Sylla a envoyé Malick Kébé, qui a dit que j’ai raison en me disant qu’il va falloir que j’accepte la séparation à l’amiable », rapporte M. Sylla.
Le montant total réclamé par Maître Kamano, l’avocat de M. Sylla, s’élève à plus de 251 millions de GNF. Ce calcul a été effectué sur la base d’un contrat à durée indéterminée (CDI) — en raison de la chaîne des CDD successifs — et couvre les dommages et intérêts ainsi que les indemnités de rupture jugée abusive, conformément au Code du travail guinéen.
La direction, pour sa part, aurait basé son calcul sur un simple CDD, ce qui est à l’origine de la polémique.
« Mes avocats réclament à la date plus de 251 millions GNF si c’est une séparation à l’amiable. Chose que j’ai acceptée, mais je ne sais pas ce qui bloque réellement. Ils veulent me traîner », insiste M. Sylla, soupçonnant une volonté de la direction de l’épuiser, comme cela aurait été le cas, selon lui, pour deux autres employés licenciés en 2024.
IV. Saisine du tribunal et appel aux autorités
En l’absence d’accord, M. Sylla et son conseil, Maître Kamano, ont porté l’affaire devant le Tribunal du travail de Conakry. L’ouverture du procès est prévue pour vendredi prochain. Le plaignant se dit cependant toujours disposé à toute initiative de règlement à l’amiable.
C’est pourquoi il interpelle une fois de plus le ministre de la Culture et l’Ambassade de France à prendre leurs responsabilités pour dénouer cette situation qui perdure.
Cette affaire, qui soulève des questions fondamentales de droit du travail et de gestion des fonds publics au sein d’une institution clé de la coopération culturelle, pourrait créer un précédent important.
Contactée, la directrice générale adjointe du CCFG n’a pas donné suite à nos sollicitations pour donner sa version des faits. Toutes nos tentatives sont restées vaines.
Ledenonciateur224.com









