Ces derniers jours, des informations faisant état d’une supposée volonté du gouvernement d’émettre des billets de 50 000 GNF ont été largement relayées sur les réseaux sociaux, alimentant débats et inquiétudes au sein de l’opinion publique.
Pourtant, cette hypothèse n’est pas totalement nouvelle. Dès décembre 2025, le gouverneur de la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG), Dr Karamo Kaba, avait évoqué la possibilité d’introduire de nouvelles coupures, notamment de 50 000, voire 100 000 GNF, lors d’un entretien accordé à Vox Africa. Il avait toutefois précisé que cette mesure pourrait intervenir après l’élection présidentielle, laissant entendre qu’elle s’inscrirait dans une réflexion économique plus large plutôt que dans une urgence immédiate.
Mais lors de sa conférence de presse du vendredi 26 mars 2026, le ministre porte-parole du gouvernement, Ousmane Gaoual Diallo, a semblé prendre ses distances avec ces spéculations, les reléguant au rang de « fake news » ou, à tout le moins, d’informations non confirmées officiellement.
Il a ainsi déclaré que toute décision de cette nature relèverait d’une analyse technique de la Banque centrale, qui seule serait en mesure de justifier l’introduction de nouvelles coupures. En l’absence de communication officielle, le gouvernement préfère donc adopter une posture prudente, tout en laissant entendre que certaines rumeurs pourraient provenir de sources anticipant des décisions futures.
Au-delà de la polémique, le ministre a recentré le débat sur ce qu’il considère comme le véritable problème : la crise de liquidité. Selon lui, la question n’est pas tant la valeur faciale des billets en circulation que leur disponibilité effective dans l’économie.
Autrement dit, même l’introduction de billets de forte valeur, comme ceux de 50 000 ou 100 000 GNF, ne résoudrait pas la difficulté principale si ces derniers ne circulent pas réellement. Le cœur du problème résiderait plutôt dans la rétention du cash hors du circuit économique, limitant l’accès des citoyens aux liquidités, y compris aux coupures les plus courantes comme les billets de 5 000, 10 000 ou 20 000 GNF.
Cette analyse soulève une question plus profonde : la création de nouvelles coupures est-elle une solution structurelle ou simplement un palliatif face à des dysfonctionnements plus larges du système financier ? Dans de nombreux pays, l’introduction de billets de forte valeur est souvent perçue comme un signe indirect d’inflation ou de perte de pouvoir d’achat, même si elle peut aussi répondre à des besoins pratiques liés aux transactions.
En Guinée, où l’économie reste encore fortement dépendante du cash, la rareté des billets en circulation met en lumière des défis plus complexes, notamment en matière de confiance dans le système bancaire, de gestion de la masse monétaire et de fluidité des échanges.
Ainsi, derrière la controverse autour du billet de 50 000 GNF se cache un enjeu bien plus fondamental : celui de la circulation effective de la monnaie et de la capacité des autorités à restaurer un équilibre entre émission monétaire et accès réel des citoyens aux liquidités.
Aboubacar Moussa Camara









