Reçu ce mardi 27 octobre 2026 par la commission de la Communication et des Nouvelles Technologies de l’Assemblée nationale, le secrétaire général du ministère de la Communication, de l’Économie numérique et de l’Innovation, Souleymane Thianguel Bah, a exposé les principales difficultés de son département. Insuffisance des ressources, besoins d’équipement de la RTG, avenir du quotidien Horoya, fragilité des infrastructures numériques et financement des start-up figuraient parmi les préoccupations soulevées lors de l’examen du projet de loi de finances rectificative 2026.
Après le lancement des travaux sur le projet de loi de finances rectificative 2026, la semaine dernière, les auditions des représentants des différents départements ministériels se sont poursuivies à l’Assemblée nationale. Accompagné de plusieurs cadres, Souleymane Thianguel Bah a présenté les difficultés auxquelles son ministère est confronté, notamment dans la répartition des ressources budgétaires entre les priorités nationales et les besoins spécifiques du secteur.
« L’un des problèmes que nous rencontrons actuellement au sein du ministère est que nous lançons de nombreux projets, dont une grande partie est orientée vers le programme Simandou 2040. Or, certaines structures comme la RTG ont besoin d’investissements spécifiques, car elle constitue la vitrine de notre pays. Il est donc essentiel de lui donner les moyens de mieux remplir sa mission. Aujourd’hui, la question est de savoir comment nous pouvons composer avec les ressources disponibles, qui sont relativement limitées et dont une partie est affectée à d’autres priorités, alors que nos propres besoins restent importants », a-t-il expliqué.
Le secrétaire général a particulièrement insisté sur la situation des médias publics, notamment la Radiodiffusion Télévision Guinéenne (RTG), le quotidien national Horoya et la Radio rurale, dont les missions nécessitent des investissements conséquents.
« Comment faire pour qu’un journal comme Horoya, qui est censé paraître quotidiennement, puisse continuer à exister au-delà de sa parution hebdomadaire actuelle ? Comment faire pour que la Radio rurale, qui dispose de plus de 30 stations réparties sur l’ensemble du territoire national, puisse continuer à porter la parole du gouvernement jusque dans les villages ? Ce média joue un rôle essentiel dans l’espace rural et mérite que nous puissions investir dans son développement. »
Autre préoccupation majeure : la vulnérabilité des infrastructures de télécommunications. Selon Souleymane Thianguel Bah, le vieillissement du câble sous-marin dont dépend le pays représente un risque pour la continuité des services numériques, notamment dans les secteurs bancaire et administratif.
« Aujourd’hui, par exemple, nous disposons d’un câble sous-marin qui arrive en fin de vie. Alors que d’autres pays de la sous-région en possèdent trois, quatre ou cinq, nous n’en avons qu’un seul, qui est en train de vieillir. Si ce câble venait à tomber en panne, c’est tout le pays qui risquerait d’être coupé du réseau.
Certains peuvent penser qu’une coupure de cinq secondes, de dix secondes ou d’une minute est insignifiante. Pourtant, les conséquences peuvent être considérables sur l’ensemble du territoire national, notamment pour la connectivité des banques et tous les systèmes qui permettent au pays de fonctionner. »
Le responsable ministériel a également défendu une meilleure prise en compte des infrastructures numériques dans les politiques publiques, alors que plusieurs départements s’engagent dans la digitalisation de leurs services.
« Aujourd’hui, tous les départements parlent de santé numérique, de solutions numériques et de digitalisation. Mais c’est notre ministère qui détient les infrastructures nécessaires. C’est à ce niveau que tout se joue. Tous ces départements peuvent développer les outils numériques qu’ils souhaitent, mais si nous ne disposons pas des infrastructures nécessaires à mettre à leur disposition, aucun d’entre eux ne pourra fonctionner efficacement.
C’est grâce à la connectivité, au réseau national et aux infrastructures de télécommunication que nous pouvons soutenir le fonctionnement des différents ministères. Nous ne pouvons donc pas considérer que notre département doit systématiquement être relégué au second plan. »
La situation technique de la RTG a également été évoquée, notamment les interruptions de diffusion et le manque d’équipements de remplacement. Pour Souleymane Thianguel Bah, la capacité des médias publics à assurer leur mission dépend directement des moyens mis à leur disposition.
« En communication, le savoir-faire ne suffit pas, il faut également le faire savoir. Il ne suffit pas d’avoir des compétences et des réalisations si personne n’en est informé. Chaque fois qu’un événement est organisé quelque part, la direction de la RTG se retrouve face à un véritable dilemme : elle doit choisir entre plusieurs activités à couvrir, car chacun souhaite bénéficier de la visibilité qu’offrent nos médias.
Mais, pour que ces médias puissent remplir pleinement leur mission, il faut leur donner les moyens nécessaires. »
Il a notamment fait état d’une interruption de la diffusion télévisée survenue vers 2 heures du matin, qu’il attribue à l’insuffisance des équipements de secours.
« Comment faire pour que chaque équipement essentiel dispose d’un ou de deux équipements de secours, voire davantage, afin qu’en cas de panne, nous puissions réagir immédiatement ? La dernière fois, par exemple, la télévision a connu une interruption en pleine nuit, vers 2 heures du matin. Nous avons dû nous mobiliser pour essayer de résoudre le problème.
Pourquoi ? Parce que nous ne disposions pas d’équipements de secours suffisants. Nous manquions de matériel de remplacement pour assurer la continuité du service. »
Le secrétaire général a également pointé les contraintes liées aux procédures de passation des marchés publics, qui peuvent ralentir les interventions urgentes.
« Lorsqu’une antenne tombe en panne et qu’il faut intervenir immédiatement, nous ne pouvons pas toujours nous permettre d’attendre l’aboutissement de toute une procédure d’achat. Il est donc nécessaire de tenir compte des spécificités du fonctionnement de notre ministère afin de nous permettre de réagir rapidement face à ce type de situation. »
Au-delà des difficultés opérationnelles, Souleymane Thianguel Bah a souligné le potentiel de l’économie numérique dans la création de richesses et la mobilisation de nouvelles ressources pour le pays. Il a notamment plaidé pour des investissements en faveur de l’innovation et du financement des jeunes entreprises.
« Comment l’économie numérique peut-elle contribuer à accroître le PIB de notre pays ? Notre ancien ministre l’a régulièrement souligné : il existe, dans ce secteur, des niches économiques susceptibles de renforcer le PIB national et de nous permettre de mobiliser de nouvelles ressources.
Mais, pour y parvenir, il faut investir dans ces domaines. Ces investissements doivent également favoriser l’innovation. Nous sommes dans un pays où, si nous ne sommes pas en mesure de financer les start-up, qu’elles interviennent dans le secteur agricole ou dans n’importe quel autre domaine, nous aurons du mal à développer notre potentiel numérique. »
Pour le ministère, le développement de cet écosystème nécessite des infrastructures adaptées, mais également un accompagnement financier permettant aux initiatives innovantes de se développer et de contribuer à la transformation économique du pays.
De son côté, le président de la commission de la Communication et des Nouvelles Technologies, l’honorable Ousmane Dady Camara, a rappelé que l’examen du budget rectificatif vise à identifier les besoins prioritaires des départements ministériels et à rechercher des solutions en fonction des ressources disponibles.

« La loi nous autorise à examiner en profondeur les prérogatives, les besoins et les difficultés des différents départements, afin que nous puissions trouver ensemble des solutions et répondre aux attentes de la population guinéenne. Les débats ont donc été très intéressants et particulièrement riches », a-t-il déclaré.
Il a toutefois souligné la nécessité de procéder à des arbitrages, en tenant compte des urgences et des possibilités de report de certaines dépenses à l’exercice budgétaire suivant.
« Vous savez que cet exercice n’est pas facile. Il faut établir des priorités, tenir compte des prérogatives de chaque département, répondre aux besoins urgents et déterminer ce qui peut être reporté ou inscrit dans le budget 2027. »
Le président de la commission a également insisté sur le contrôle de l’utilisation des ressources publiques et sur la nécessité de garantir des retombées concrètes pour les citoyens.
« De notre côté, nous devons également examiner la pertinence de certains financements et vérifier comment les ressources ont été utilisées, afin que le peuple de Guinée soit le seul et unique bénéficiaire des investissements réalisés, puisque ces ressources proviennent, en définitive, de la population. »
Les travaux doivent se poursuivre en collaboration avec la commission des Finances et le ministère de l’Économie et des Finances, afin d’examiner les préoccupations soulevées et de déterminer les réponses à apporter.
« Le ministère a des préoccupations qu’il convient de prendre en compte. De notre côté, nous avons également des orientations et des propositions à formuler. Nous allons donc poursuivre le travail dans ce sens, en collaboration avec la commission des Finances, qui est également concernée, puisqu’il s’agit de l’examen du budget. »
À travers cette audition, les débats ont mis en évidence les enjeux liés au financement des médias publics, à la sécurisation des infrastructures numériques et au développement de l’économie numérique.
Aboubacar Moussa Camara
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