Face à la progression silencieuse mais préoccupante des maladies invalidantes, les autorités guinéennes passent à l’offensive. À Conakry, le ministère de la Femme, de la Famille et des Solidarités déploie une vaste campagne de sensibilisation pour briser l’ignorance, combattre les préjugés et promouvoir la prévention. Une initiative ambitieuse qui place la santé, la dignité humaine et l’inclusion sociale au cœur des priorités nationales.

Au cœur de cette initiative : informer, éduquer et surtout prévenir. Les autorités entendent ainsi attirer l’attention des populations sur des maladies lourdes de conséquences comme la poliomyélite, les accidents vasculaires cérébraux (AVC) et les séquelles d’accidents de la circulation. Autant de fléaux qui, en l’absence de prévention et de prise en charge précoce, entraînent des handicaps permanents.
Pendant deux jours, du 8 au 9 avril, des équipes de sensibilisation seront mobilisées dans toutes les communes de la capitale, y compris la zone insulaire de Kassa. À travers des caravanes, des causeries éducatives, des visites de proximité et des messages diffusés dans les langues nationales, la campagne ambitionne de toucher toutes les couches sociales, sans distinction. L’enjeu est de taille : transformer les comportements et ancrer durablement une culture de prévention dans les habitudes des populations.
La cérémonie de lancement, organisée dans une atmosphère solennelle, a réuni plusieurs personnalités, dont la Gouverneure de la ville, des responsables communaux ainsi que des partenaires techniques et financiers. Prenant la parole, la ministre Pauline Patricia Adeline Lamah a mis en avant la dimension stratégique de cette campagne, pilotée par le Centre National d’Orthopédie, institution de référence dans la prise en charge des handicaps physiques en Guinée.
« Cette initiative s’inscrit pleinement dans la vision du gouvernement, sous l’égide du Premier ministre Amadou Oury Bah et la vision éclairée du président de la République, le Général Mamadi Doumbouya, qui place la dignité humaine au cœur de ses priorités », a-t-elle déclaré avec conviction.
Dans son intervention, la ministre a dressé un constat sans équivoque : les malformations congénitales, le diabète, la poliomyélite et les traumatismes liés aux accidents constituent aujourd’hui un défi majeur de santé publique. Leur impact dépasse largement le cadre médical pour affecter les structures sociales, économiques et familiales du pays.
Les chiffres, bien que provisoires, sont révélateurs : environ 2,2 % des décès seraient liés aux malformations congénitales. Une statistique qui met en lumière l’urgence d’agir, mais qui ne reflète qu’en partie la réalité. Car au-delà des décès, ce sont des milliers de personnes vivant avec un handicap, souvent dans des conditions difficiles, faute d’accès adéquat aux soins et à l’accompagnement.
Insistant sur l’aspect économique, la ministre a souligné que les invalidités physiques réduisent significativement la participation des citoyens à la vie productive. « Investir dans la prévention, c’est investir dans le capital humain. C’est préserver des vies, mais aussi soutenir le développement économique du pays », a-t-elle affirmé.
Mais au-delà des infrastructures et des politiques publiques, un autre combat reste à mener : celui des mentalités. Dans de nombreuses communautés, les malformations sont encore associées à des croyances erronées, alimentant rejet et stigmatisation. Pauline Patricia Adeline Lamah a tenu à déconstruire ces perceptions : « Ces enfants ne sont ni une fatalité, ni une malédiction. Ils ont droit à une vie digne, à l’éducation et à une pleine participation à la société. »
Pour relever ce défi, les autorités misent sur une mobilisation collective. Leaders religieux, chefs de quartiers, organisations communautaires et médias sont appelés à jouer un rôle clé en tant que relais d’information et agents de changement. Leur implication est jugée essentielle pour garantir l’efficacité et la pérennité de cette campagne.
En marge de l’événement, Alpha Oumar Barry, lui-même atteint de poliomyélite, a partagé un témoignage poignant : « C’est un sentiment de fierté. Cette initiative redonne espoir et permettra d’éviter à d’autres enfants de vivre ce que nous avons vécu. C’est un pas important pour notre pays. »
Son message, empreint d’émotion, rappelle que derrière chaque action de sensibilisation se cache un enjeu profondément humain.
Il convient enfin de rappeler que les maladies invalidantes regroupent des affections chroniques ou aiguës — AVC, traumatismes, arthroses sévères — qui altèrent durablement l’autonomie des individus. Dans un contexte où les structures spécialisées restent encore insuffisantes, la prévention apparaît comme la stratégie la plus efficace, la plus accessible et la plus durable.

À travers cette campagne, la Guinée affirme une ambition claire : réduire significativement le poids des handicaps évitables, promouvoir une société plus inclusive et bâtir un avenir où chaque citoyen, quelles que soient ses conditions, peut pleinement contribuer au développement national.

 

Aboubacar Moussa Camara