Depuis quelques jours, Conakry se transforme en une scène où autorités semblent jouer une pièce tragique intitulée « Comment se fâcher avec ses voisins en trois actes ». En effet, sous l’ordre du procureur général, les forces de défense et de sécurité ont lancé une opération musclée visant à expulser des ressortissants sierra-léonais en situation irrégulière. Bien que cette démonstration de force réponde à un besoin d’affirmer l’autorité, elle soulève des interrogations sur la méthode employée et le manque de diplomatie.
Lors de son assemblée générale du samedi 14 décembre, l’Union des Forces Républicaines (UFR) a pris la parole pour dénoncer cette initiative qu’elle considère comme maladroite et contre-productive. N’sira Bangoura, membre du bureau exécutif de l’UFR, a exprimé de vives critiques, qualifiant l’approche des autorités de précipitée et potentiellement nuisible aux relations avec le Sierra Leone. Elle a souligné que cette opération, mal gérée, pourrait non seulement détériorer l’image de la Guinée sur le plan international, mais aussi compromettre les relations diplomatiques entre les deux pays voisins.
L’UFR a donc appelé les autorités à privilégier une approche plus mesurée et diplomatique, soulignant que des actions de ce genre nécessitent réflexion et tact, afin d’éviter de nuire à la stabilité régionale d’après nos confrères de laguinee.info
« On expulse les Sierra-Léonais comme si la Guinée était un îlot paradisiaque où les autres rêvent de s’installer clandestinement. Mais si la Sierra Leone décidait de faire pareil, avec tous ces Bangoura et Conté qui vivent là-bas ? La vérité, c’est que nous avons plus de Guinéens déguisés en Sierra-Léonais que l’inverse ! Alors, au lieu de jeter les gens dehors à coups de bottes, pourquoi ne pas instaurer des cartes de séjour ? Ça aurait rempli les caisses de l’État, tout en respectant nos voisins », a ironisé Mme Bangoura.
Avec une pointe d’humour mordant, elle a suggéré que cette chasse aux étrangers pourrait davantage relever d’une stratégie désespérée pour trouver de l’argent, plutôt que d’une véritable politique migratoire.
Mme Bangoura n’a pas manqué de rappeler une vérité qui semble échapper à ceux qui mènent cette opération : la solidarité régionale.
« Pendant l’épidémie d’Ebola, quand tout le monde nous tournait le dos, seule la Sierra Leone a ouvert ses frontières. Et aujourd’hui, voilà comment nous leur rendons la pareille ? On balance leurs citoyens dehors sans même vérifier qui est qui. Un tri diplomatique aurait permis de garder nos frères et de rapatrier les vrais Sierra-Léonais en bonne et due forme. Mais non, visiblement, réfléchir, c’est trop demander », a-t-elle lâché avec un ton cinglant.
Entre la défense des lois migratoires et l’application brute de la force, l’UFR pointe un manque flagrant de doigté. Cette opération, si elle répond à une logique de contrôle, trahit une absence totale de stratégie à long terme. Ce n’est pas en jouant les gros bras qu’on gouverne un pays, encore moins qu’on gère des relations avec ses voisins.
Le message de l’UFR est clair : la Guinée mérite mieux qu’une diplomatie à la matraque. Et si les autorités de la transition veulent vraiment asseoir leur légitimité, il serait peut-être temps d’échanger les bottes contre un peu de bon sens. Mais bon, visiblement, le bon sens, c’est comme les cartes de séjour : il manque cruellement dans ce pays.
Alpha Soumah









