Le ministère de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, à travers le Bureau Guinéen du Droit d’Auteur (BGDA), vient de franchir un cap décisif dans la valorisation des œuvres artistiques en Guinée. Pour l’exercice 2025, une collecte globale de 13 639 341 196 GNF a été mobilisée au profit des artistes et créateurs, marquant un tournant sans précédent dans la gestion des droits d’auteur.
L’annonce a été faite ce vendredi par le ministre Moussa Moïse Sylla, lors d’une conférence de presse tenue à la Maison de la presse de la Minière. Cette rencontre, qui a réuni les principaux acteurs du secteur culturel, a également servi de cadre au lancement officiel du paiement des droits ainsi qu’à la présentation de nouveaux outils numériques du BGDA, notamment un site web modernisé et des applications dédiées.
Dès l’entame de son intervention, le ministre a qualifié l’événement d’« historique », soulignant une volonté claire de rompre avec les pratiques anciennes et opaques qui ont longtemps freiné le secteur.
« Elle témoigne de l’engagement ferme du gouvernement à garantir une rémunération juste aux créateurs guinéens, véritables artisans de notre identité », a-t-il déclaré.
Une réforme structurée autour de trois piliers majeurs.
Cette transformation profonde repose sur trois axes stratégiques. Le premier concerne la relance des partenariats internationaux, notamment avec la CISAC et l’OMPI, afin de repositionner la Guinée dans le réseau mondial de gestion des droits d’auteur. Le second pilier est la digitalisation complète du système à travers l’application iBGDA, qui introduit transparence et efficacité dans le suivi des œuvres. Enfin, la mise en œuvre de la rémunération pour copie privée constitue une avancée majeure pour les ayants droit.
Grâce au rétablissement du principe de réciprocité, les artistes guinéens pourront désormais percevoir les revenus générés par l’exploitation de leurs œuvres à l’étranger. En retour, le BGDA s’engage à reverser équitablement les droits dus aux artistes étrangers diffusés en Guinée, renforçant ainsi la crédibilité du pays sur la scène internationale.
Fin des pratiques archaïques, place à la transparence
Le ministre n’a pas manqué de dénoncer les anciennes méthodes de gestion, reposant sur des registres physiques souvent obsolètes, imprécis, voire entachés d’irrégularités.
« Il fallait mettre fin à cette gestion moyenâgeuse pour entrer dans l’ère de la transparence. L’application iBGDA permet désormais une traçabilité complète des œuvres et une répartition basée sur des critères réels de diffusion », a-t-il affirmé.
Cette modernisation vise non seulement à restaurer la confiance des artistes, mais aussi à garantir une distribution plus juste et conforme à l’exploitation réelle des œuvres.
Une répartition détaillée et encadrée
Le montant global de 13,6 milliards GNF sera réparti après déductions légales liées aux frais de gestion, aux obligations fiscales, à l’assistance sociale, à l’assurance maladie, ainsi qu’à une contribution de 25 % au FODAC.
La ventilation par catégorie de droits se présente comme suit :
Copie privée : 5 894 335 289 GNF
Radio-Télévision (grands droits) : 2 890 000 000 GNF
Pré-écoute téléphonique (ring back tones) : 1 937 286 964 GNF
Communication au public : 1 131 485 790 GNF
Catalogue Silyphone (étranger) : 640 000 000 GNF
Exécution publique : 523 953 153 GNF
Déambulation sonore : 404 600 000 GNF
Séances occasionnelles : 15 640 000 GNF
Médias privés (radio-TV) : 2 040 000 GNF
Un calendrier de paiement étalé et transparent
Le processus de répartition débutera le 13 avril 2026 avec les droits issus de la radio-télévision publique. Il se poursuivra en mai avec la copie privée et les droits téléphoniques, avant de s’étendre progressivement jusqu’en décembre 2026.
Insistant sur le principe de redevabilité, le ministre a assuré que chaque étape du paiement fera l’objet d’une communication spécifique afin d’informer clairement les bénéficiaires.
« C’est de l’argent qui appartient aux créateurs. Nous leur devons transparence et pédagogie pour expliquer l’éligibilité et le calcul de chaque montant », a-t-il conclu.
Avec cette réforme ambitieuse, la Guinée pose les bases d’un écosystème culturel plus juste, moderne et compétitif, où les créateurs peuvent enfin espérer vivre pleinement du fruit de leur talent.
Aboubacar Moussa Camara
622 42 41 87









