À la suite de l’agression de Me Traoré, le Barreau guinéen avait lancé un mouvement inédit pour exiger justice. Le 16 juillet, après des avancées notables, il choisit l’apaisement, tout en restant vigilant.
Après 23 jours d’un boycott généralisé des audiences, les avocats guinéens ont décidé de reprendre le chemin des tribunaux. L’Ordre des avocats de Guinée a officiellement suspendu son mot d’ordre de grève à l’issue d’une assemblée générale extraordinaire tenue à la Cour d’appel de Conakry.
Une décision prise dans un esprit de responsabilité, mais aussi de stratégie, comme l’a expliqué Me Moussa Diallo, porte-parole du Barreau :
« Pour aller droit au but, il a été décidé de suspendre le mot d’ordre de boycott, émis lors d’une première assemblée générale extraordinaire tenue le 23 juin dernier et reconduit lors de celle du 7 juillet. Aujourd’hui, il s’agissait d’évaluer l’évolution de la gestion de cette situation. Il en est ressorti, à l’issue du vote, que le mot d’ordre soit suspendu », a-t-il déclaré devant la presse.
La mobilisation, déclenchée après l’agression violente de l’ancien bâtonnier Me Mohamed Traoré, avait conduit à un arrêt quasi total des activités judiciaires sur tout le territoire. Pour les avocats, ce geste visait à exiger une enquête sérieuse, des poursuites contre les auteurs, et des garanties de sécurité pour tous les membres du Barreau.
Depuis, des signes d’apaisement et des avancées tangibles ont émergé, selon Me Diallo :
« Nous nous sommes rendu compte qu’il y a eu des actes. Mais dans une situation comme celle-ci, où les discussions se mènent entre une institution et plusieurs interlocuteurs étatiques, il est important de se donner une chance pour faire avancer les choses », a-t-il estimé.
Parmi ces éléments : l’ouverture d’une procédure judiciaire, l’audition de Me Traoré, ainsi que des rencontres politiques de haut niveau.
« Une procédure a été enclenchée et Me Traoré a été auditionné par un officier de police judiciaire. Ce sont là des actes concrets que nous avons pris en compte », a précisé le porte-parole.
L’émoi suscité par l’agression ne s’est pas limité aux frontières guinéennes. La profession tout entière, en Guinée comme à l’étranger, a dénoncé avec force cette attaque contre l’un de ses membres.
« Toutes les faîtières internationales d’avocats ont condamné l’acte. Au niveau local également, il y a eu des condamnations, ainsi que deux rencontres avec le Premier ministre, en présence de personnalités de l’administration publique et du monde judiciaire », a indiqué Me Diallo, soulignant le caractère inédit de cette mobilisation.
Le Barreau ne compte toutefois pas baisser la garde. Une rencontre avec le président de la République reste dans le viseur des avocats :
« Ce n’est pas quelque chose qui nous paraît impossible, et ce n’est pas une démarche à laquelle nous renonçons. Il y a bon espoir que cela se fasse. Mais pour l’instant, après évaluation de la situation, nous avons jugé utile de suspendre le mot d’ordre de grève, afin de laisser une chance à l’aboutissement des discussions engagées », a déclaré Me Diallo, sans dissimuler une certaine prudence.
Concernant les éventuelles interpellations liées à l’affaire Traoré, l’avocat a toutefois admis :
« Je ne suis pas en mesure de dire s’il y a eu des arrestations de personnes suspectées d’avoir enlevé l’ancien bâtonnier ».
La reprise des activités judiciaires devrait soulager de nombreux justiciables, dont les dossiers étaient bloqués depuis fin juin. Mais la balle est désormais dans le camp des autorités, sommées de démontrer que l’agression d’un avocat de renom ne restera pas impunie.
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