Le ministre guinéen de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla, a exprimé une vive inquiétude face aux dérives qui menacent l’un des dispositifs sociaux les plus emblématiques du pays. Lors d’une conférence de presse tenue ce vendredi, il a dénoncé avec fermeté les pratiques frauduleuses entourant la carte d’assurance destinée aux artistes, un outil pourtant conçu pour protéger les plus vulnérables du secteur culturel.

Mise en place par le Bureau guinéen du droit d’auteur, cette carte représente une avancée majeure dans la prise en charge sociale des artistes en Guinée. Elle leur offre un accès gratuit à un ensemble de services essentiels : consultations médicales, examens, hospitalisation et produits pharmaceutiques. Pour beaucoup, elle constitue un véritable filet de sécurité, souvent vital dans un environnement où la précarité reste une réalité quotidienne.
Mais derrière cette ambition sociale se cache aujourd’hui une réalité préoccupante. Selon le ministre, le système est fragilisé par l’émergence de réseaux de fraude impliquant à la fois certains bénéficiaires et des professionnels de santé. Au cœur de ces pratiques : l’établissement de fausses ordonnances, souvent gonflées à des montants exorbitants, dans le but de détourner des fonds.
« Cette carte d’assurance est une exception sur le continent. Elle permet aux artistes de se soigner gratuitement. Mais malheureusement, certains abus viennent compromettre cet acquis », a-t-il regretté, dénonçant des comportements qu’il qualifie d’irresponsables et dangereux pour la pérennité du dispositif.

Le ministre évoque des situations particulièrement choquantes : pour des pathologies bénignes, des ordonnances atteignant plusieurs millions de francs guinéens sont parfois délivrées avec la complicité de certains médecins et pharmaciens. Le mécanisme est bien rodé : une partie seulement des médicaments est remise au patient, tandis que le reste du montant est converti en espèces et partagé entre les acteurs impliqués.
Au-delà de ces dérives, Moussa Moïse Sylla tient à rappeler l’ampleur de l’effort consenti par l’État guinéen. Chaque année, près de 10 milliards de francs guinéens sont mobilisés, notamment grâce au mécanisme de la copie privée, pour garantir l’effectivité de cette couverture sociale. Un investissement conséquent, qui témoigne de la volonté des autorités de soutenir durablement le monde artistique.
Face à la gravité de la situation, le ton se durcit. Le ministre n’exclut pas l’adoption de mesures restrictives si les abus persistent : « Nous serons obligés, à cause du comportement de certains, de resserrer les conditions d’accès », a-t-il averti, laissant entrevoir un possible durcissement du dispositif.

En conclusion, l’appel est clair : il s’agit d’un sursaut collectif. Moussa Moïse Sylla insiste sur le fait que cette carte d’assurance ne doit en aucun cas devenir un instrument d’enrichissement illicite. Elle demeure avant tout une bouée de sauvetage pour des artistes souvent fragilisés — un acquis précieux dont la survie dépend désormais du sens de responsabilité de tous.

 

AMC