Depuis l’interpellation controversée de Maître Mohamed Traoré, figure emblématique du barreau guinéen, il y a un peu plus de deux semaines, les avocats du pays observent une grève illimitée qui paralyse le système judiciaire sur toute l’étendue du territoire national. Ce lundi, réunis en assemblée générale à la Cour d’appel de Conakry, les membres du barreau ont réaffirmé leur détermination à maintenir le bras de fer avec les autorités. À la sortie de la réunion, leur porte-parole, Maître Moussa Diallo, a pris la parole pour annoncer la reconduction du mouvement.

« À l’occasion de cette assemblée du 30 juin, un certain nombre de résolutions avaient été prises par l’Assemblée Générale, parmi lesquelles figurait le boycott de toutes les audiences et la suspension de toutes nos activités, même devant les officiers de police judiciaire, pour une période de deux semaines. À l’issue de cette période, une Assemblée Générale Extraordinaire devait se réunir pour évaluer ce qui avait été obtenu par l’Ordre, en termes de résultats, concernant ses revendications.
Donc, ce lundi matin, cette Assemblée Générale Extraordinaire s’est tenue et vient de prendre effet. À l’issue de cette réunion, il a été décidé de prolonger la suspension de nos activités pour deux semaines supplémentaires. Vous me permettrez de rappeler que, lors de l’Assemblée Générale Extraordinaire du 30 juin, plusieurs résolutions avaient été adoptées, notamment le boycott de toutes les juridictions, le dépôt d’une plainte en faveur de Maître Mohamed Traoré, la constitution de l’Ordre comme partie civile, le retrait de tous les représentants de l’Ordre des instances de la transition, ainsi que le dépôt d’un mémorandum au Président de la République, que nous souhaitons remettre en main propre. Après le lancement du boycott, nous avons eu une rencontre. Vous vous souviendrez que, le jour même, nous nous sommes rendus chez le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Garde des Sceaux, ainsi que chez le procureur général près la Cour d’appel de Conakry, mais tous deux avaient refusé de recevoir l’Ordre des avocats de Guinée.
Quelques jours plus tard, une délégation du Conseil de l’Ordre a été reçue par le Premier ministre, en présence du ministre secrétaire général de la Présidence, le général Amara Camara, du ministre de la Justice, du Premier président de la Cour suprême, du Premier président de la Cour d’appel, du procureur général près la Cour d’appel de Conakry, ainsi que d’autres cadres de la Primature.
La rencontre s’est tenue à la Primature et a donné lieu à des échanges. Mais il faut dire qu’aucun accord concret n’a été trouvé sur nos principales revendications.  Ce que je tiens à faire comprendre à tous, c’est que la cause que nous défendons n’est pas celle de Maître Traoré en tant qu’individu. Il s’agit de la sécurité de l’avocat dans l’exercice de sa profession.
Ce qui est arrivé à Maître Traoré peut arriver à n’importe lequel d’entre nous, et cela ne doit pas se reproduire.
Il ne faudrait donc pas que certains pensent que l’Ordre mène un combat personnel pour Maître Traoré. Non, l’Ordre mène un combat pour la protection de l’exercice de la profession d’avocat en République de Guinée. »

A Moussa Camara