Un des militants de l’ancien parti au pouvoir, récemment dissous par les autorités guinéennes, Fodé Moussa Mara, plus connu sous le surnom d’« El Sisi », a recouvré la liberté dans la soirée du mercredi 11 mars 2026. Cette décision, rendue par le tribunal de Kaloum, intervient après plusieurs semaines de procédure marquées par des reports successifs et des contestations de la part de la défense.
Pour son avocat, Me Mory Doumbouya, cette remise en liberté constitue bien plus qu’une simple décision judiciaire : elle représente la réparation d’une atteinte grave aux droits fondamentaux de son client.
Selon lui, le dossier n’a pu être examiné que grâce à une initiative procédurale exceptionnelle prise par la défense, face à une série de renvois que celle-ci considérait comme injustifiés.
« Le dossier a été traité aujourd’hui parce que, jusque-là, il ne cessait d’être renvoyé pour des raisons qui ne nous semblaient pas fondées. Nous avons donc choisi d’introduire un référé pénal. Le code de procédure pénale, dans son article préliminaire, point douze, donne cette possibilité à toute personne poursuivie. C’est ce recours que nous avons engagé ce mercredi devant le tribunal de Kaloum », a expliqué l’avocat.

Ancien ministre de la Justice, Me Mory Doumbouya affirme que sa principale préoccupation dans ce dossier était de garantir l’examen de la procédure par une juridiction indépendante et impartiale. Il souligne que, depuis l’arrestation de son client, la défense n’a cessé de réclamer la tenue d’une audience respectant les principes d’un procès juste et équitable.
« Ce qui m’importait dans cette affaire, c’était que la procédure soit examinée par une juridiction impartiale et indépendante. Nous avons toujours demandé la tenue d’un procès juste et équitable. Mais il y a eu de nombreuses turbulences, des contraintes et plusieurs renvois successifs. Finalement, l’audience a pu se tenir aujourd’hui et la juridiction correctionnelle a décidé de sa remise en liberté », a-t-il indiqué.

L’affaire a rapidement pris une dimension politique en raison du profil du prévenu. Fodé Moussa Mara est en effet identifié comme un militant actif de l’ancien parti au pouvoir, formation politique récemment dissoute par les autorités guinéennes dans un contexte de recomposition du paysage politique national.
Sa détention avait suscité des interrogations au sein de certains milieux politiques et de la société civile, certains observateurs y voyant un test pour l’indépendance de la justice dans un climat politique particulièrement sensible.

Si la décision de la juridiction correctionnelle marque un tournant dans ce dossier, la défense reste prudente quant à la suite de la procédure.
Me Mory Doumbouya espère que cette remise en liberté ouvrira la voie à l’abandon définitif des poursuites contre son client. Toutefois, il souligne que l’équipe de défense demeure attentive à toute évolution du dossier et prête à intervenir si la procédure devait se poursuivre.
Pour les proches de Fodé Moussa Mara, surnommé « El Sisi », cette libération représente avant tout la fin d’une détention qu’ils considéraient comme injustifiée.

Mais au-delà du cas individuel, l’affaire relance un débat plus large en Guinée : celui du respect des garanties judiciaires et des droits fondamentaux dans les procédures pénales.

 

AMC