Dix jours après sa libération provisoire, l’ancien Premier ministre guinéen, Ibrahima Kassory Fofana, demeure alité à la Clinique Pasteur. Selon ses avocats, son état de santé reste “préoccupant”, tandis que la question de sa prise en charge médicale continue de susciter de vives interrogations.

D’après son conseil, Me Dinah Sampil, la situation sanitaire de l’ancien chef du gouvernement n’aurait pas connu d’amélioration notable depuis sa sortie de détention. L’avocat affirme que, depuis son incarcération et son transfert à la Clinique Pasteur, son client n’aurait bénéficié d’aucun véritable traitement curatif pour la pathologie dont il souffre.

Selon lui, les médecins auraient très tôt estimé que la maladie dont souffre l’ancien Premier ministre ne pouvait pas être correctement prise en charge en Guinée, en raison du manque d’équipements spécialisés et de personnel hautement qualifié. La pathologie nécessiterait en effet une intervention chirurgicale complexe, impliquant des technologies médicales avancées et une expertise spécifique.

« Depuis son incarcération, et plus précisément depuis son transfert à la Clinique Pasteur, Kassory n’a bénéficié d’aucun soin curatif. Aucun médicament traitant réellement sa pathologie ne lui a été administré. Très tôt, les médecins ont conclu que son mal ne pouvait pas être pris en charge en Guinée, faute d’installations adéquates et de spécialistes. Sa pathologie nécessite une intervention chirurgicale qui exige des équipements de pointe et un personnel hautement qualifié. Si sa libération provisoire a pu l’alléger moralement, sur le plan médical, le mal reste entier », explique Me Dinah Sampil.

Toujours selon la défense, l’état de santé de l’ancien Premier ministre demeure suffisamment fragile pour justifier une surveillance médicale constante. Les médecins auraient d’ailleurs refusé de prendre la responsabilité de le laisser quitter la clinique.

« Il est toujours à la clinique. Les médecins n’ont pas voulu prendre la responsabilité de le laisser sortir, car le risque d’un incident critique est permanent. Imaginez qu’il rentre chez lui et qu’il doive faire face à l’affluence de parents et d’amis ; cela ne ferait qu’aggraver son état. Il a donc préféré rester dans son lit d’hôpital », ajoute l’avocat.

Face à cette situation, la défense plaide pour une évacuation sanitaire urgente à l’étranger. Toutefois, la procédure judiciaire en cours complique la démarche. La libération de l’ancien Premier ministre n’étant que provisoire, le fond du dossier n’a pas encore été jugé, ce qui limite juridiquement sa possibilité de quitter le territoire guinéen.

Pourtant, selon ses avocats, une solution médicale serait déjà prête. Le médecin traitant habituel de Kassory Fofana, basé à l’Hôpital Américain de Paris, se serait déclaré disposé à l’accueillir à partir du 20 de ce mois afin de prendre en charge son intervention.

« Nous avons transmis cette information aux autorités compétentes : la juridiction de fond, le parquet spécial et les instances décisionnaires. Il faut désormais que le juge, lors de l’examen du fond, constate que les infractions sont infondées afin de permettre sa sortie du territoire pour des raisons humanitaires et médicales », précise Me Dinah Sampil.

Dans ce contexte, le cas de l’ancien Premier ministre continue d’alimenter le débat public en Guinée, entre exigences judiciaires et impératif humanitaire, alors que ses proches et ses avocats alertent sur l’urgence d’une prise en charge médicale adaptée.

 

Aboubacar Moussa Camara