Depuis plusieurs mois, la Guinée fait face à une pénurie persistante de liquidités qui complique fortement les opérations bancaires et les retraits d’argent pour les citoyens. Malgré les mesures annoncées par le gouvernement et la Banque centrale, la situation ne montre aucun signe d’amélioration tangible et semble même s’aggraver dans plusieurs localités du pays.
Dans les banques primaires, retirer un montant supérieur à 2 millions de francs guinéens relève aujourd’hui du parcours du combattant. Les plafonds officieux se multiplient, les clients doivent revenir plusieurs jours d’affilée, et les files d’attente s’allongent dès l’aube. Pour beaucoup, l’accès à leur propre épargne dépend désormais de la disponibilité aléatoire des caisses.
Du côté des services de transfert d’argent mobile, notamment Orange Money, la situation est tout aussi tendue. Les usagers doivent parfois parcourir plusieurs kilomètres pour espérer retirer 500 000 francs guinéens. Les points de service évoquent eux-mêmes des difficultés d’approvisionnement en cash, créant un cercle vicieux : moins de liquidités disponibles, plus de pression sur les rares guichets approvisionnés.
Cette situation suscite inquiétude et frustration. Pour de nombreux ménages, l’argent liquide reste indispensable au quotidien : paiement des loyers, des transports, des frais médicaux, des salaires dans le secteur informel ou des marchandises sur les marchés. Dans une économie où le cash occupe encore une place centrale, sa raréfaction ralentit les échanges et fragilise les plus vulnérables.
Face aux critiques, les autorités guinéennes tentent de relativiser. S’exprimant ce jeudi sur TV5 Monde, le porte-parole du gouvernement, Ousmane Gaoual Diallo, a rejeté l’idée d’une véritable crise de liquidités. Selon lui, les difficultés observées sur le terrain s’inscrivent dans une politique assumée visant à réduire la circulation de l’argent en espèces au profit de moyens de paiement électroniques.
« En réalité, il n’y a pas de crise de liquidité comme on entend souvent les gens s’exprimer. C’est vrai qu’il y a une volonté aujourd’hui d’encourager d’autres modes alternatifs de transactions financières, d’abord parce que ça facilite les transactions, mais aussi ça garantit une certaine traçabilité des ressources. Et ça fait partie des mécanismes aujourd’hui avérés de bonne gouvernance dans toutes les sociétés. On ne peut pas continuer à faire des achats de milliards et de milliards de francs guinéens en espèces. Je pense qu’il faut que les concitoyens acceptent cette évolution aussi », a déclaré le ministre.
Le message officiel est clair : la restriction du cash serait un choix stratégique, inscrit dans une logique de modernisation et de transparence. La dématérialisation des paiements est présentée comme une étape nécessaire vers une meilleure gouvernance et une économie plus formelle.
Mais sur le terrain, la transition semble imposée plus qu’accompagnée. Encourager les paiements électroniques suppose un écosystème solide : couverture réseau fiable, confiance dans les plateformes numériques, réduction des frais de transaction, protection des données et formation des usagers. Or, beaucoup de citoyens et de petits commerçants affirment ne pas disposer des outils ni de l’assistance nécessaires pour opérer ce basculement.
On entend ce discours depuis plusieurs mois en Guinée, mais les effets concrets de cette volonté affichée tardent à apparaître. Aucun vaste programme d’accompagnement n’est véritablement visible, et les mesures incitatives pour faciliter le recours aux paiements électroniques restent limitées.
En dépit des déclarations officielles, les difficultés d’accès à l’argent liquide continuent donc de peser lourdement sur la vie quotidienne de nombreux Guinéens. Entre stratégie assumée et crise non reconnue, une réalité demeure : pour beaucoup, l’argent est bien à la banque… mais il reste difficile à mettre en main.
Aboubacar Moussa Camara









