Chaque 24 janvier, la communauté internationale célèbre la Journée mondiale de l’Éducation, une date consacrée à la reconnaissance du rôle fondamental de l’école dans le développement des sociétés. Cette commémoration coïncide également avec la célébration de la culture africaine et afro-descendante, rappelant l’importance de transmettre le savoir, les valeurs et l’identité aux générations futures. En Guinée, cette journée a servi de cadre à une interpellation forte de la société et des autorités.
À la Minière, l’ONG OMEGA (Organisation des Mères et Enfants de Guinée et d’Afrique) a animé une conférence de presse destinée à attirer l’attention sur l’état du système éducatif guinéen, en particulier sur la situation préoccupante des filles. Une sortie médiatique marquée par un discours à la fois alarmant et mobilisateur.
Dans sa déclaration, la présidente de l’ONG, Marthe Dédé Koivogui, a dressé un tableau sans complaisance de la réalité éducative nationale. Selon elle, la Guinée se trouve aujourd’hui à un tournant décisif, face à un choix fondamental : maintenir le statu quo ou investir résolument dans l’éducation comme levier de progrès social et économique. Elle a insisté sur le fait que l’éducation ne peut plus être perçue comme une charge, mais comme un investissement stratégique, allant jusqu’à la qualifier de « socle de notre souveraineté future ».
Les données disponibles confirment cette urgence. Le rapport d’analyse du secteur de l’éducation (Résen 2021) met en évidence des inégalités persistantes, malgré les réformes et les efforts consentis par l’État et ses partenaires. L’enseignement secondaire demeure l’un des maillons les plus fragiles du système. Selon l’UNICEF, près de 50 % des enfants en âge de fréquenter le collège sont exclus de l’école, compromettant leurs chances d’insertion socio-économique.

Cette situation est encore plus alarmante pour les filles. La Guinée affiche l’un des taux de mariage d’enfants les plus élevés au monde, une pratique qui prive des milliers de jeunes filles de leur droit à l’éducation et hypothèque durablement leur avenir. Derrière ces chiffres se cachent des destins brisés, des ambitions étouffées et un potentiel national inexploité.
C’est dans ce contexte que Marthe Dédé Koivogui a expliqué les motivations profondes de cette conférence de presse, livrant un plaidoyer sans détour :
<<C’est avec une profonde conviction et un sens de l’urgence que je prends la parole aujourd’hui en tant que présidente et fondatrice de ces trois ONG que je viens de citer. Nous sommes à un tournant décisif, celui où la Guinée doit choisir entre la stagnation ou le progrès social par l’investissement humain. L’éducation en Guinée n’est pas simplement un service public, c’est le socle de notre souveraineté future. Pourtant, les chiffres nous interpellent. Malgré les efforts consentis, le rapport d’analyse du secteur de l’éducation Résen 2021 souligne des disparités persistantes. Le taux de scolarisation au secondaire reste précaire, selon l’UNICEF. Près de 50% des enfants en âge de fréquenter le collège ne sont pas scolarisés. La situation des filles est encore plus critique. En Guinée, le taux de mariage d’enfants est l’un des plus élevés au monde. L’enquête mixe multiples indications. Cluster surveys révèlent que 17% des filles sont mariées avant l’âge de 15 ans et plus de 45% avant l’âge de 18 ans. Chaque mariage précoce est une salle de classe qui se ferme définitivement pour une jeune fille guinéenne. Pourquoi s’acharner sur l’éducation des filles ? Parce que les mathématiques du développement sont claires. La Banque mondiale estime que si chaque fille terminait ses études secondaires, les revenus des femmes au cours de leur vie pourraient augmenter de 15 000 à 30 milliards de dollars au niveau mondial. En Guinée, une année supplémentaire de scolarisation peut augmenter les revenus individuels de 10 à 20%. Éduquer une femme. C’est briser le cycle intergénérationnel de la pauvreté. Une mère instruite a 50% de chance de plus de voir ses enfants survivre au-delà de l’âge de 5 ans et les scolarisera à leur tour. Nos recommandations pour un sursaut national. Pour transformer ces statistiques en victoire humaine, nous formulons… Trois appels à l’action. Le premier point à l’endroit du gouvernement. Un pacte financier. Le gouvernement, nous invitons donc le gouvernement à respecter l’engagement de Dakar. Allouer au moins 20% du budget national à l’éducation conformément aux recommandations de l’UNESCO, le Partenariat mondial pour l’éducation. Actuellement… La Guinée aussi souvent sous ce seuil. Un autre point. Sanctuariser la scolarisation des enfants. Institutionnaliser la gratuité réelle et effective des fournitures scolaires pour les filles des zones rurales et renfoncer les lois contre les mariages précoces. Le deuxième point à l’endroit de la société. Le second point à l’endroit de la société. Une vigilance citoyenne est de mise. Le monitorage de proximité. Nous devons agir comme des sentinelles au sein des communautés pour identifier chaque cas de risque de décrochage scolaire. Passer de l’alphabétisation à la compétence. Soutenir les programmes de formation professionnelle technique pour l’école rime avec… Emploi. À l’endroit des familles enfants, un changement de paradigme. L’école n’est pas une perte de temps, nous le disons. Et je le répète encore une fois, l’école n’est pas une perte de temps. L’école n’est vraiment pas une perte de temps. C’est une dot pour la vie. J’appelle les parents à voir en leur fille une future cadre, médecin ou entrepreneur, plutôt qu’une monnaie d’échange. L’engagement paternel, enfin. Le soutien des pères est statistiquement le facteur le plus déterminant dans la réussite scolaire des jeunes filles. Mesdames et messieurs, l’heure n’est plus au constat, mais à la mobilisation générale. Chaque jour où un enfant guinéen ne va pas à l’école est une perte de richesse pour la nation. Je vous invite. Membres de la presse, à être les relais de cris de cœur. Ensemble, faisons de l’éducation le premier chantier de la refondation. Pour nos filles, pour nos fils, pour la Guinée, car l’éducation est l’arme la plus redoutable. Aucun développement n’est possible sans l’éducation. C’est la base essentielle. >>

À travers ce plaidoyer, l’ONG OMEGA appelle à une mobilisation collective, impliquant l’État, la société civile, les familles et les médias. Pour l’organisation, l’éducation — et plus particulièrement celle des filles — doit devenir une priorité nationale absolue, condition indispensable pour rompre avec la pauvreté, renforcer la cohésion sociale et bâtir une Guinée résiliente et prospère.
Aboubacar Moussa Camara
622 42 41 87









