Les avocats de l’ancien Premier ministre guinéen, Ibrahima Kassory Fofana, ont vivement dénoncé, ce jeudi 19 février 2026, l’absence du parquet à l’audience prévue devant la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF). Une situation qu’ils qualifient d’« inédite » et de « grave atteinte aux droits de la défense », et qui, selon eux, jette une ombre préoccupante sur la crédibilité de la procédure.
Prenant la parole, Maître Sidiki Berété a exprimé son indignation en des termes sans équivoque :
« C’est regrettable, c’est une déception totale. Pour la première fois dans l’histoire judiciaire de la Guinée, le parquet fait défaut à une audience après avoir envoyé des citoyens en prison pendant près de cinq ans. »
Pour la défense, l’enjeu dépasse largement le simple incident d’audience. Il s’agit, selon elle, d’un dysfonctionnement majeur au cœur même du procès pénal. Car dans toute procédure répressive, le ministère public constitue la pierre angulaire de l’accusation. Son absence, soutiennent les avocats, vide l’audience de sa substance et fragilise l’équilibre du contradictoire.

Les conseils rappellent que leur client est en détention préventive depuis le 6 avril 2022, soit près de cinq années sans jugement définitif. Une durée qu’ils jugent excessive et contraire aux standards d’un procès équitable.
Maître Berété souligne également la dégradation de l’état de santé de l’ancien chef du gouvernement :
« Il y a deux semaines, son état s’est aggravé. Nous avons saisi toutes les autorités compétentes, notamment le ministre de la Justice, le procureur spécial de la CRIEF et le président de la Cour. Il nous a été répondu que rien ne pouvait être fait sans la tenue de l’audience. Aujourd’hui, nous venons à l’audience et le parquet est absent. »
Selon la défense, la CRIEF dispose pourtant de plusieurs procureurs et substituts. L’absence totale de représentation du ministère public est donc, à leurs yeux, « incompréhensible ».
« La partie fondamentale d’un procès pénal, c’est le ministère public. Son absence pose un véritable problème. Cela devient une forme de séquestration et d’humiliation, » a ajouté l’avocat.
Les conseils du Dr Kassory Fofana estiment même que cette situation met en danger la vie de leur client. Ils affirment vouloir alerter « l’opinion nationale et internationale » et préviennent que « s’il arrivait quelque chose à M. Kassory Fofana, la responsabilité serait engagée ».

Maître Dinah Sampil a, à son tour, dénoncé la longueur de la procédure :
« Cela fera bientôt cinq ans que des personnalités ayant occupé les plus hautes fonctions de l’État sont détenues sans être jugées. Une telle situation est exceptionnelle. »
L’ancien bâtonnier rappelle qu’à la suite de la prise du pouvoir par le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), la justice avait été présentée comme la « boussole » de l’action publique.
« Où est la justice dans ce dossier ? Les acteurs chargés de la rendre se dérobent ou s’absentent aux audiences, » dénonce-t-il.
Pour la défense, les infractions reprochées à leur client auraient pu être examinées par des juridictions ordinaires, sans nécessiter le recours à une cour spéciale. Ils voient dans la gestion actuelle du dossier une contradiction entre les engagements affichés et la réalité procédurale.
Les 15 milliards au cœur de la controverse
La défense conteste également les accusations portant sur un présumé détournement de 15 milliards de francs guinéens.
« Les 15 milliards incriminés se trouvent dans les caisses du Trésor public. Nous en avons fourni les preuves. Par ailleurs, la Primature dispose d’un fonds de souveraineté de 30 milliards de francs. Comment imaginer qu’un ancien Premier ministre laisse intact ce fonds pour détourner une somme inférieure ? Cela n’a aucun sens, » soutient l’un des avocats.
Ils dénoncent un manque de preuves à charge et estiment que leur client est maintenu en détention « sans fondement suffisant », dans un dossier qui, selon eux, aurait dû être tranché depuis longtemps.

Pour la défense, l’absence du parquet à une audience qu’il a lui-même programmée est « inadmissible et inacceptable ».
« Lorsque l’autorité chargée de poursuivre ne se présente pas, cela traduit un mépris des droits humains et des droits des prévenus. »
Au-delà du cas individuel de Kassory Fofana, ses avocats y voient le symptôme d’un malaise plus large : celui d’une justice appelée à incarner la rigueur et l’exemplarité, mais fragilisée par des retards, des absences et des procédures interminables.

Ils concluent en appelant à une décision rapide sur le cas de leur client, invoquant l’urgence liée à son état de santé — et posant, en filigrane, une question lourde de conséquences : peut-on encore parler d’État de droit lorsque l’accusation elle-même manque à l’appel ?

 

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