Le gouvernement guinéen, à travers le ministère de l’Urbanisme, de l’Habitat et chargé de la récupération des domaines spoliés de l’État, a procédé ce jeudi 27 novembre 2025 à la remise officielle des premiers titres fonciers aux victimes des déguerpissements de Kaporo-Rails, Kipé 2 et Dimess. La cérémonie s’est tenue à Kipé, dans la commune de Ratoma, en présence de plusieurs membres du gouvernement et des bénéficiaires.

Dans la salle, les larmes ont laissé place à l’espoir. Ce jeudi, 600 personnes — parmi les 20 600 déguerpis — ont reçu leurs titres fonciers individuels. Un geste symbolique, mais immensément chargé de sens pour ces familles qui ont vécu cinq années d’injustice, d’incertitude et de survie quotidienne.
Les visages sont fatigués, mais soulagés. Dans leurs mains tremblantes, un document qui change tout : le titre foncier. Ce jour-là, les victimes ne réclamaient pas la charité, mais la reconnaissance de leur dignité et de leurs droits.

Derrière chaque titre remis se cache une histoire : des nuits passées à se demander « où allons-nous vivre demain ? », des années de patience et de résilience, et un combat silencieux mené par des milliers de familles.
“Le président a essuyé nos larmes” — Mamadou Samba Sow
Mamadou Samba Sow, porte-parole des victimes, a rappelé que cette journée resterait gravée dans la mémoire collective :
“Aujourd’hui est une autre date historique après le 14 septembre 2024… C’est la toute première fois que 600 titres fonciers individuels sont remis officiellement à nos familles. C’est une étape importante, mais beaucoup reste encore à faire.”
Il souligne que plus de 2 000 familles attendent encore la régularisation. Selon lui, le ministre de l’Habitat, Mory Condé, a déjà instruit ses services à reprendre les appels dès ce vendredi pour finaliser tous les dossiers avant le 2 janvier 2026.
Il a également salué l’écoute du président Mamadi Doumbouya :
“Là où les autres nous ont fait pleurer, lui a choisi d’essuyer nos larmes. Entre les victimes et le président, il y a désormais un pacte moral. Il peut compter sur nous.”
Le porte-parole du gouvernement, Ousmane Gaoual Diallo, a livré un témoignage poignant. Il se souvient d’une vieille dame de plus de 80 ans venue lui demander, d’une voix tremblante, si elle reverrait un jour sa terre.
“Elle m’a dit : ‘j’espère être encore vivante ce jour-là’.”
Il admet ne pas savoir si cette femme est encore en vie aujourd’hui, mais affirme que c’est pour elle — et pour toutes les familles brisées par ce drame — que cette cérémonie a eu lieu.
L’émotion gagne la salle ; des larmes discrètes coulent. Les blessures ne sont pas effacées, mais elles commencent à cicatriser.

Le ministre de l’Habitat, Mory Condé, a rappelé que cette opération s’inscrit dans la vision du chef de l’État :
“Le 5 septembre, il a annoncé que la justice serait la boussole de sa gouvernance. C’est ce que nous concrétisons aujourd’hui. Les victimes des trois quartiers seront rétablies intégralement dans leurs droits.”
Il assure que les 2 600 familles recensées seront toutes prises en compte. L’État poursuivra également l’aménagement du site de Wonkingfon et la compensation financière des personnes affectées.
Le Premier ministre, Amadou Oury Bah, a tenu à porter un message d’apaisement :
“On ne pourra pas réparer totalement ce que vous avez subi. Mais ce geste est un symbole. Un signe de reconstruction… un appel à regarder vers le futur.”
Il rappelle avoir dit aux déguerpis de conserver leurs documents, car un jour, ils seraient rétablis dans leurs droits. Ce jour est arrivé.
Cette cérémonie n’efface ni les blessures, ni les années perdues, ni les familles déchirées. Mais elle redonne un souffle, une dignité, une place dans la société.
Les victimes, longtemps marginalisées, veulent désormais être actrices de leur avenir.
Ce 27 novembre marque le début d’une réparation, et peut-être, d’une réconciliation durable entre l’État et ses citoyens.
Aboubacar Moussa Camara









