Ce vendredi 7 novembre 2025 restera à jamais gravé dans la mémoire culturelle de la Guinée et du continent africain. À 81 ans, Sékou “Diamond Fingers” Bembeya Diabaté, le mythique guitariste du Bembeya Jazz National, a officiellement posé sa guitare, tournant la page d’une carrière exceptionnelle qui aura traversé plus de six décennies.
Sur la scène de la Maison des Jeunes de Donka, l’émotion était palpable. Artistes, journalistes, anciens compagnons de route et jeunes musiciens s’étaient rassemblés pour rendre hommage à celui que beaucoup considèrent comme le père de la guitare moderne ouest-africaine. Le maestro, visiblement ému, a laissé couler quelques larmes — un instant suspendu, chargé d’histoire et de gratitude.
“Chaque chose a son temps. J’ai déjà tout donné”, a-t-il déclaré simplement, d’une voix tremblante mais apaisée.
Un style qui a redéfini la guitare africaine
Depuis la création du Bembeya Jazz National en 1961, Sékou Bembeya a révolutionné le son mandingue. Son jeu, mêlant afro-blues, jazz, rythmes afro-cubains et mélodies traditionnelles, a su faire dialoguer la guitare avec le balafon et la kora, instruments phares du patrimoine mandingue.
De Conakry à Lagos, de Paris à La Havane, ses riffs cristallins et ses harmonies chaudes ont fait rayonner la musique guinéenne à travers le monde.
Surnommé “Diamond Fingers” après son triomphe au Festac de Lagos en 1977, Sékou Bembeya est devenu une légende vivante. Sa virtuosité et sa créativité ont influencé des générations de musiciens africains, des orchestres modernes aux jeunes artistes afro-jazz d’aujourd’hui.
Deux albums d’adieu pour une légende éternelle
Avant de se retirer définitivement, l’artiste offre à son public deux albums d’adieu, véritables testaments musicaux, dont le lancement est prévu en janvier 2026 au Palais du Peuple de Conakry.
- « Manguè », premier opus, rend hommage au président Ahmed Sékou Touré, figure tutélaire de la Guinée indépendante. Composé de 12 titres, l’album revisite l’esprit du Bembeya Jazz avec des sonorités profondes, nostalgiques et une production à la hauteur de son héritage.
- « Merci mon Général », second album, entièrement acoustique, est dédié au président Mamadi Doumbouya. Intime, dépouillé et sincère, il révèle le côté méditatif et spirituel du maestro, comme un dernier dialogue entre l’homme et sa guitare.
- Un héritage qui transcende les frontières
De ses débuts à Beyla à ses tournées internationales, Sékou Bembeya Diabaté a bâti un pont entre les traditions africaines et les musiques du monde. Ses albums solos (Diamond Fingers, 1995 ; Guitar Fö, 2004) ont confirmé son génie universel, tandis que ses collaborations avec des artistes comme Salif Keïta, Mory Kanté, et Youssou N’Dour ont consolidé sa stature de pionnier continental.
Aujourd’hui, son influence dépasse la musique : il incarne la mémoire vivante de la Guinée indépendante, un témoin privilégié de l’époque où les orchestres nationaux étaient les ambassadeurs culturels d’un continent en pleine renaissance.
La guitare se tait, mais la légende résonne
À travers ses doigts d’or, Sékou Bembeya Diabaté a fait vibrer non seulement des cordes, mais aussi des cœurs. Son départ de la scène n’est pas une fin, mais une renaissance symbolique : celle d’un patrimoine que les générations futures continueront de chanter, de jouer et d’aimer.
Sékou Bembeya ne jouera peut-être plus, mais ses accords continueront de résonner dans l’âme de l’Afrique.
Mohamed AC









