La liberté d’expression et la liberté d’association sont des droits fondamentaux garantis par de nombreuses conventions et traités internationaux, tels que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (Article 19) et la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (Article 11). Ces droits doivent être protégés et promus pour garantir la participation des citoyens dans la vie politique et sociale. (_Pacte international relatif aux droits civils et politiques, Charte africaine des droits de l’homme et des peoples_).
En Guinée, cependant, ces libertés sont constamment menacées. Depuis la prise de pouvoir militaire en 2021, les violations des droits humains se sont intensifiées, avec des actes de violence qui touchent particulièrement les femmes. Des violences sexuelles et des agressions physiques sont souvent utilisées comme des armes de répression. De nombreuses femmes manifestantes ont été victimes de brutalités policières et d’abus, en particulier lors des manifestations pacifiques contre le régime militaire.
Les tueries survenues lors de ces manifestations, telles que celles de 2022, où des dizaines de manifestants ont été tués par les forces de sécurité, constituent également une violation grave des droits humains. Selon les rapports, des centaines d’autres personnes ont été blessées, et beaucoup de victimes étaient des femmes et des jeunes qui manifestaient pour la restauration de la démocratie et la fin des abus du pouvoir militaire.
Récemment, deux figures de l’opposition, Oumar Sylla (Foniké Mengué) et Mamadou Billo Bah, ont été enlevées, ce qui a exacerbé les préoccupations au sein de la société civile. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres d’une répression croissante des libertés individuelles en Guinée. Cette situation fait écho à des violations plus larges, telles que la répression des médias et des journalistes, où plusieurs organes de presse ont été fermés et des journalistes emprisonnés sous des accusations de subversion.
Parallèlement, le pays a systématiquement empêché les rapporteurs spéciaux des Nations Unies, chargés de surveiller et de promouvoir les droits humains, d’entrer sur son territoire. Depuis 2020, la Guinée a refusé l’accès aux experts des Nations Unies, dont le rapporteur spécial sur la situation des défenseurs des droits humains, Marie-Therese Keita, et celui sur la liberté d’expression, David Kaye. Ce refus témoigne d’une volonté de dissimuler la réalité des violations des droits humains et d’éviter toute pression internationale. Le dernier rapporteur spécial qui a sollicité un accès était l’expert des Nations Unies sur la liberté d’expression, David Kaye, en 2020, mais sa demande a été rejetée par les autorités guinéennes.
Bien que le Code civil guinéen garantisse la liberté d’expression et d’association, la pratique montre une toute autre réalité. Le gouvernement a régulièrement interdit les manifestations publiques, malgré les engagements internationaux de la Guinée. Cette contradiction entre la législation et les pratiques du gouvernement met en évidence un fossé dangereux qui compromet la liberté et la démocratie dans le pays. Cette situation est une violation flagrante des droits fondamentaux reconnus par la Charte des droits de l’homme. (Amnesty International).
Quel Rapport la Guinée Présentera-t-elle à l’ONU lors de l’EPU en 2025 ?
Avec l’Examen Périodique Universel (EPU) de la Guinée prévu pour mai 2025, il est légitime de se demander quel rapport le pays présentera à la communauté internationale. L’EPU est un mécanisme important où les nations doivent rendre compte de la situation des droits humains dans leur pays, en exposant les actions entreprises pour améliorer la protection de ces droits. Cependant, avec la répression actuelle et les violations graves, notamment contre les droits des femmes et la répression des manifestations pacifiques, il est peu probable que la Guinée puisse présenter un bilan positif.
Les autorités guinéennes devront probablement faire face à une pression internationale accrue concernant leurs violations des droits humains. La communauté internationale, notamment les Nations Unies et les organisations de défense des droits humains, pourrait exiger des éclaircissements sur la violence policière, les envois d’experts des droits humains et les cas non résolus de kidnappings et de meurtres, en particulier ceux de femmes et de jeunes manifestants. Un examen minutieux de la répression des libertés d’expression et d’association sera également au cœur des discussions, notamment le refus constant de la Guinée de permettre l’entrée de rapporteurs spéciaux.
La Guinée devra, lors de cet examen, rendre des comptes sur les restrictions imposées aux libertés fondamentales et les tentatives de cacher la réalité des violations par des actions de répression. En attendant, il est essentiel que les autorités guinéennes prennent des mesures pour restaurer les droits et libertés civiques, protéger les défenseurs des droits humains, et permettre aux rapporteurs spéciaux d’enquêter en toute transparence.
La situation actuelle en Guinée appelle à une action urgente. Il est impératif que la communauté internationale exerce des pressions sur le gouvernement guinéen pour qu’il respecte ses engagements internationaux. Les rapporteurs spéciaux doivent pouvoir accéder au pays pour enquêter sur les violations des droits humains, et les libertés fondamentales des citoyens guinéens doivent être protégées.
Nous devons tous nous engager à défendre ces droits et à lutter pour un environnement où la liberté d’expression et d’association ne soit plus un combat quotidien.
Mamadou Oumar Barry, Activiste des droits de l’homme









