Dans l’affaire opposant le ministère public au leader politique Aliou Bah, condamné par le Tribunal de Première Instance (TPI) de Kaloum à de lourdes peines pour « offense et diffamation » à l’encontre du chef de l’État, un nouveau rebondissement a eu lieu. Après des débats houleux concernant la constitution de la partie civile, la présidente de la cour, Hadja Fatou Bangoura, a ordonné aux avocats de la défense de présenter leurs motifs d’appel.

Maître Pépé Antoine Lama, avocat de la défense, a fermement contesté la condamnation de son client en arguant que les propos d’Aliou Bah ne sont en aucun cas outrageants envers le chef de l’État. Selon lui, ces propos ont été relayés par les médias et doivent, à ce titre, être protégés par la législation sur la liberté de la presse. L’avocat a ajouté qu’il était particulièrement choqué par la formulation du jugement, dans lequel le juge prétendait avoir pénétré la pensée de son client, affirmant que « les propos d’Aliou Bah laissent entrevoir ». Avec ironie, il a souligné que « le juge est tellement savant qu’il semble avoir l’avance du Dieu ».

Soulignant la dimension politique du discours tenu par Aliou Bah dans le cadre d’un débat public, Maître Lama a dénoncé une « atteinte disproportionnée à la liberté d’expression ». Il a répété sa conviction que le parquet avait lancé une véritable « guerre contre la liberté d’expression », un point que le tribunal de Kaloum, selon lui, avait entériné. En se référant à l’article 16 du Code pénal, l’avocat a insisté sur le fait que cette affaire devrait être jugée sous l’angle des droits humains et de la protection de la liberté d’expression.

Dans leur lettre d’appel, les avocats ont listé trois points essentiels : la violation des droits de l’homme, l’irrégularité de la qualification pénale des faits, et la disproportion manifeste de la sanction. Ils ont ainsi sollicité l’annulation du jugement du 7 janvier 2025, demandant la relaxe pure et simple de Mamadou Aliou Bah, soulignant que le droit international devrait primer dans cette affaire.

Ce procès pourrait bien marquer un tournant dans la défense de la liberté d’expression en Guinée, où des voix se lèvent pour contester ce qu’ils considèrent comme une répression judiciaire des discours politiques.

N’sira Sylla pour Ledenonciateur224.com