Les Guinéens se souviennent encore des engagements pris par le président Mamadi Doumbouya au lendemain de la prise du pouvoir, le 5 septembre 2021. Parmi les priorités affichées figuraient notamment la lutte contre la corruption, le détournement des deniers publics et les mauvaises pratiques dans la gestion des affaires de l’État.

« Ma main ne tremblera pas face à la lutte contre le détournement, la corruption (…) », avait-il alors affirmé.

A quelques mois des ans de cette affirmation, alors que la Guinée entre dans une nouvelle séquence politique avec le début de son premier mandat de sept ans après le retour à l’ordre constitutionnel, ces engagements demeurent plus que jamais d’actualité. La question qui se pose désormais est simple : la Refondation peut-elle véritablement produire ses effets sans une lutte rigoureuse contre la corruption et l’impunité ?

Des promesses qui doivent désormais se traduire en actes concret

La situation économique et politique du pays impose une exigence de résultats. Dans un contexte où les ressources publiques restent limitées et où les attentes sociales sont considérables, chaque franc détourné est une perte pour la collectivité et un obstacle pour le développement.

Le retour écourté du président Mamadi Doumbouya de son congé intervient ainsi dans un contexte particulièrement sensible.
Plusieurs interrogations circulent sur la gestion de certains secteurs de l’administration publique et sur l’implication présumée de certains hauts responsables dans des affaires susceptibles de porter atteinte aux intérêts de l’État.

Ces informations, lorsqu’elles sont évoquées, doivent naturellement être vérifiées et donner lieu à des procédures régulières. Mais elles soulignent une réalité : la lutte contre la corruption ne peut être seulement un discours politique. Elle doit s’appuyer sur des enquêtes sérieuses, des audits transparents et, lorsque les faits sont établis, des sanctions conformes à la loi.

Le signal envoyé par les récents limogeages

Une dizaine de jours seulement après son retour et après le remaniement du gouvernement dirigé par Bah Oury, le président Mamadi Doumbouya a procédé, dans la nuit du vendredi 22 août 2026, au limogeage de deux ministres : Mory Condé, alors ministre de l’Emploi du Travail et de la Protection sociale et Mourana Soumah, ministre de la Communication, de l’Économie numérique et de l innovation.
Un autre conseiller à la presidence est egalement limogé.

Ces décisions ont immédiatement alimenté les interrogations sur les raisons profondes de ces changements et sur la possibilité d’autres mouvements au sein de l’appareil administratif.

Selon certaines informations rapportées dans les milieux proches du pouvoir, d’autres ministres et hauts cadres pourraient également être concernés dans les prochains jours.
Là encore, il convient de distinguer les faits établis des rumeurs et d’attendre les décisions officielles ainsi que leurs motivations.

Mais au-delà des personnes, une question de fond demeure : quel type d’administration la Guinée veut-elle construire ?

La Refondation ne peut pas être un simple slogan

Dans son adresse à la nation, le chef de l’État a réaffirmé sa détermination à lutter contre la corruption :

« Contre la corruption, ma main ne tremblera pas. Aucun rang, aucune fonction, aucune proximité ne met quiconque à l’abri de la rigueur républicaine. »

Le président a également insisté sur le fait que l’exigence d’exemplarité devait commencer par ceux qui travaillent à ses côtés.

Cette déclaration est importante. Car la crédibilité d’une politique de lutte contre la corruption dépend moins de la force des discours que de l’application uniforme des règles.

Si un haut responsable est soupçonné de malversations, il doit pouvoir faire l’objet d’une enquête, quelle que soit sa fonction ou sa proximité avec le pouvoir. Mais cette exigence doit également être accompagnée du respect des droits de la défense, de la présomption d’innocence et des procédures judiciaires.

La véritable rupture ne consisterait donc pas simplement à remplacer certains responsables par d’autres. Elle consisterait à bâtir des institutions capables de prévenir, détecter et sanctionner durablement les pratiques de corruption, indépendamment des changements de personnes à la tête de l’État.

Se débarrasser des cadres véreux, oui, mais construire des institutions fortes

La Guinée n’a pas seulement besoin de limogeages. Elle a besoin d’une administration compétente, intègre et redevable devant la nation.

Les cadres véreux et corrompus, lorsqu’ils sont identifiés et que les faits sont établis, ne doivent pas pouvoir continuer à exercer des responsabilités publiques comme si de rien n’était. Mais la réponse doit être institutionnelle et durable.

Il faut renforcer les mécanismes de contrôle, améliorer la transparence dans la gestion des ressources publiques, publier davantage d’informations sur les marchés publics et garantir l’indépendance des structures chargées de contrôler l’action de l’État.

Autrement dit, la lutte contre la corruption ne doit pas dépendre de la volonté d’un seul homme, aussi déterminé soit-il. Elle doit devenir une culture d’État.

L’heure de l’exemplarité

Les trois objectifs de la Refondation rappelés par le président le vivre-ensemble, une économie au service du peuple et des institutions fortes et crédibles ne peuvent être atteints sans une administration exemplaire.

Le vivre-ensemble est fragilisé lorsque les citoyens ont le sentiment que certains bénéficient de privilèges en raison de leurs relations.

L’économie ne peut être véritablement au service du peuple lorsque des ressources destinées aux infrastructures, à l’éducation, à la santé ou à l’emploi sont mal utilisées.

Et les institutions ne peuvent être fortes et crédibles si la justice et les mécanismes de contrôle donnent l’impression d’être à géométrie variable.

La Refondation doit donc commencer par ceux qui gouvernent, mais elle doit surtout survivre à ceux qui gouvernent.

Le peuple attend des résultats

Les Guinéens ont entendu beaucoup de promesses au cours des dernières décennies. Ils attendent désormais des résultats concrets.

Le président Mamadi Doumbouya a réaffirmé qu’aucun rang, aucune fonction et aucune proximité ne devraient mettre quelqu’un à l’abri de la rigueur républicaine. Cette promesse place désormais l’exécutif face à une responsabilité particulière : démontrer que cette fermeté s’applique effectivement à tous.

L’heure n’est donc plus seulement aux déclarations. Elle est à l’action, à la transparence et à l’exemplarité.

Se débarrasser des cadres corrompus peut constituer un signal fort. Mais le véritable succès de la Refondation sera de faire en sorte que, demain, la corruption ne puisse plus trouver refuge dans aucune fonction, aucun bureau et aucune proximité avec le pouvoir.

C’est à cette condition que la promesse de « la rigueur républicaine » pourra devenir une réalité durable et que les ressources de la Guinée pourront enfin être consacrées en priorité au développement et au bien-être de son peuple.

 

Daouda Yansané
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