Le titre peut choquer. Il peut même déranger. Mais il reflète une phrase que l’on entend presque tous les jours dans nos rues, dans les taxis, dans les discussions entre amis et surtout sur les réseaux sociaux :
« Ce pays est foutu. »
« Ce pays ne vaut rien. »
Le plus inquiétant dans cette situation n’est pas seulement la critique. La critique est normale dans toute société. Le véritable problème, c’est que ces paroles viennent souvent de nous-mêmes, des Guinéens. Et c’est là que la réflexion devient sérieuse.
Ayant vécu à l’étranger, j’ai côtoyé des ressortissants de plusieurs pays : Sénégalais, Ivoiriens, Nigériens, Mauritaniens, mais aussi des Asiatiques et des citoyens du monde arabe. Comme partout, ils critiquaient leurs pays. Parfois durement. Parfois avec passion.
Mais il y avait une règle tacite : ces critiques restaient entre eux.
Dès qu’un étranger intervenait dans la conversation, le ton changeait. Les débats s’arrêtaient presque immédiatement. Ils formaient un bloc. Comme pour dire :
« Nos problèmes nous appartiennent. »
Car ils avaient compris une chose essentielle :
Un pays peut se critiquer à l’intérieur, mais il doit être défendu à l’extérieur.
Je me souviens d’un séjour à Dakar au début des années 2000. À l’époque, la capitale sénégalaise connaissait des coupures d’eau et d’électricité. Pourtant, je ne l’ai appris qu’une fois sur place. Lorsque j’ai posé la question à un ami, il m’a simplement répondu :
« Ça, c’est le côté négatif. Nous, on ne vend pas ça. »
En Côte d’Ivoire, même en pleine crise, une énergie incroyable est née : la créativité. C’est dans ce contexte que le coupé-décalé a émergé, transformant les difficultés en expression culturelle et en vitalité sociale.
Même les grandes puissances du monde, comme les États-Unis, traversent des crises, des divisions et des tensions internes. Pourtant, une constante demeure :
l’attachement à l’image et à l’idée de la nation.
Ils se critiquent, mais ils évitent de détruire leur propre réputation.
Le miroir guinéen
Revenons à nous, à la Guinée.
Un jour, un proche rentre des États-Unis. Sur la route, un membre de la famille lâche :
« Ce pays est pourri… c’est seulement en Guinée qu’on voit ça. »
La réponse a été simple :
« As-tu déjà vécu ailleurs ? »
La réponse : non.
Cette anecdote révèle un problème profond. Nous avons parfois tendance à généraliser, à exagérer et à noircir la réalité, souvent sans comparaison ni recul.
Sur les réseaux sociaux, cette situation devient encore plus visible. Une phrase virale, un direct enflammé, un message négatif partagé massivement peuvent, en quelques minutes, façonner l’image d’un pays entier.
Or, dans un monde où l’image compte énormément, cela peut avoir des conséquences réelles. Les investisseurs observent. Les partenaires internationaux regardent. Les opportunités peuvent se créer… ou disparaître.
La responsabilité collective
Un autre phénomène mérite d’être souligné.
Pendant que certaines figures internationales du numérique construisent des contenus créatifs et générateurs de valeur, une partie de l’espace médiatique chez nous est dominée par des discours négatifs, des polémiques permanentes ou des attaques personnelles.
La vérité est simple : si ces contenus dominent, c’est aussi parce qu’ils attirent l’attention du public.
Nous cliquons, nous partageons, nous commentons. Et ainsi, nous alimentons ce cycle.
Mais au-delà des réseaux sociaux, la question touche aussi notre quotidien. Dans la circulation, dans nos interactions, dans notre patience face aux autres. Parfois, le manque de respect, l’impatience ou l’indifférence prennent le dessus.
Heureusement, cela ne concerne pas tout le monde. Mais ces comportements existent et méritent d’être questionnés.
Car un pays ne se construit pas uniquement avec des discours politiques ou des projets d’infrastructures.
Il se construit aussi avec des valeurs : le respect, la patience, la tolérance et la responsabilité collective.
Critiquer, oui. Détruire, non.
La Guinée n’est pas un petit pays sans avenir. C’est une nation riche de son histoire, de ses ressources et surtout de sa jeunesse.
Bien sûr, les défis existent.
Oui, les difficultés sont réelles.
Oui, parfois, la fatigue et la frustration se font sentir.
C’est humain.
Mais critiquer son pays ne signifie pas le condamner.
Dénoncer ne signifie pas détruire.
Le véritable patriotisme ne consiste pas à dire que tout va bien.
Il consiste à dire la vérité, tout en contribuant à la construction de solutions.
Et cela commence par l’éducation, par la formation d’une génération capable de réfléchir, d’agir et de bâtir.
Un avenir qui dépend de nous
La Guinée a un avenir. Ce n’est pas un slogan politique. C’est une possibilité réelle.
Mais cet avenir ne dépend pas uniquement de l’État, des dirigeants ou des institutions.
Il dépend aussi de chaque citoyen.
De ce que nous disons.
De ce que nous partageons.
De ce que nous faisons au quotidien.
Car, au final, l’image d’un pays commence toujours par ceux qui le représentent : ses propres enfants.

 

Mamadou Pathé Dieng
Leader d’Opinion