Jugé depuis plusieurs années devant la CRIEF (Cour de répression des infractions économiques et financières) pour détournement présumé de deniers publics, enrichissement illicite, corruption et blanchiment de capitaux, l’ancien ministre Oyé Guilavogui risque une peine de 5 ans de prison ferme. C’est l’essentiel des réquisitions formulées par le ministère public, ce mercredi 1er avril 2026, lors de l’audience consacrée à cette affaire.
Le ministère public, représenté par le substitut du procureur spécial, a sollicité une peine de 5 ans de prison ferme assortie d’une amende de 50 milliards de francs guinéens contre l’ancien ministre, actuellement hors du territoire guinéen, officiellement pour des raisons de santé. Cette absence prolongée, devenue un élément central du dossier, alimente autant les critiques judiciaires que les interrogations de l’opinion publique.
Pour justifier cette requête, le magistrat Ousmane Sanoh a pointé du doigt ce qu’il considère comme un manque de respect envers l’institution judiciaire : « Il (Oyé Guilavogui) n’a jamais daigné revenir devant la justice de son pays pour se défendre, alors que c’est cette cour qui lui a permis d’aller se faire soigner », a-t-il fustigé. Une déclaration qui met en lumière la tension entre le droit à la santé du prévenu et son obligation de répondre aux convocations de la justice.
Ancien ministre des Télécommunications et de l’Économie numérique sous l’ère Alpha Condé, Oyé Guilavogui était attendu devant la chambre de jugement pour s’expliquer sur la gestion de plusieurs fonds publics d’un volume particulièrement important. Les montants en jeu traduisent l’ampleur des soupçons et renforcent la portée symbolique du procès dans le contexte guinéen :
50 millions de dollars US destinés à la relance de la SOTELGUI, opérateur historique des télécommunications ;
300 millions de dollars US alloués au projet Backbone, infrastructure stratégique censée moderniser le réseau numérique national ;
10 milliards de francs guinéens pour un projet de reboisement, remontant à son passage au ministère de l’Environnement ;
94 milliards de francs guinéens au titre de l’exercice budgétaire 2020 ;
17 milliards de francs guinéens pour l’exercice 2021.
Au-delà des chiffres, c’est la question de la traçabilité et de la gouvernance des fonds publics qui est posée, dans un pays où les attentes en matière de transparence restent élevées. Le dossier s’inscrit ainsi dans une dynamique plus large de reddition des comptes engagée ces dernières années par les autorités de transition, à travers la CRIEF, juridiction devenue centrale dans la lutte contre la délinquance économique et financière.
De son côté, la partie civile a choisi de s’en remettre à ses plaidoiries écrites déjà versées au dossier, une stratégie qui traduit soit une confiance dans les éléments déjà établis, soit une volonté d’éviter de prolonger inutilement les débats.
Le renvoi du délibéré au 29 avril prochain laisse désormais place à l’attente. Ce verdict sera scruté de près, tant pour ses implications judiciaires que politiques. Il pourrait en effet constituer un test de crédibilité pour la justice guinéenne : démontrer sa capacité à juger équitablement des figures de premier plan, y compris en leur absence, tout en garantissant les principes fondamentaux du droit à la défense.
En filigrane, ce procès soulève une interrogation persistante : la lutte contre la corruption peut-elle pleinement convaincre lorsqu’elle se heurte aux contraintes pratiques — et parfois stratégiques — liées à l’absence des principaux accusés ?
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