Le ministère de la Pêche et de l’Économie maritime a organisé, ce mercredi 7 octobre 2026 à Conakry, un atelier consacré à la validation et à l’adoption des statuts et du règlement intérieur des Associations locales de cogestion des pêcheries (ALCP). La rencontre a réuni plusieurs responsables et acteurs du secteur de la pêche, ainsi que des autorités locales, dont le maire de la commune de Kaloum.

Cette initiative, portée avec l’appui de l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA) dans le cadre du projet Blueval, vise à renforcer la participation des communautés dans la gestion durable des ressources halieutiques.

Dans son intervention, Mme Kaoru Takahashi, cheffe du projet, a souligné l’importance de cette étape pour l’avenir de la pêche artisanale guinéenne. Lancé en juin 2025 pour une durée de cinq ans, le projet entend contribuer au développement de l’économie bleue à travers l’amélioration de la chaîne de valeur de la pêche.

« La mise en place des ALCP, qui en constituent le socle, est à ce titre un événement mémorable d’une importance capitale pour l’avenir de la pêche artisanale guinéenne », a-t-elle déclaré.

Elle a rappelé que la création de ces associations est le fruit de plusieurs mois de concertation entre les communautés de Kaporo et de Boulbinet, la Direction nationale de la pêche maritime et les différents acteurs locaux : pêcheurs, mareyeuses, transformatrices, mécaniciens, charpentiers et sages.

Selon elle, ce processus participatif a nécessité « du temps, de la patience et de nombreux échanges, parfois animés », afin que les textes adoptés correspondent réellement aux réalités des différents ports.

Mme Takahashi a surtout insisté sur la vocation des ALCP, qui doivent constituer de véritables espaces de dialogue entre l’administration et les communautés.

« L’ALCP est par essence un organe de cogestion, fondé sur un partenariat entre les communautés de pêche et l’administration », a-t-elle expliqué, précisant que les différents acteurs doivent pouvoir « décider ensemble de la gestion du havre et de leurs ressources, du fonctionnement de leur port et de la résolution de leurs difficultés communes ».

Le projet Blueval entend, pour sa part, rester dans un rôle d’accompagnement. « La décision, la responsabilité et la propriété de ce processus appartiennent pleinement à la Guinée, à son administration et surtout aux communautés elles-mêmes », a-t-elle affirmé.

L’atelier doit également ouvrir la voie à l’élection des bureaux exécutifs des différentes associations. Pour Mme Takahashi, cette étape permettra aux ALCP de passer du stade de projet à celui d’organisations représentatives et opérationnelles.

« Le véritable succès de l’ALCP se jouera dans les mois qui suivront », a-t-elle toutefois prévenu, insistant sur la nécessité d’une gouvernance rigoureuse et transparente, notamment dans la gestion financière et patrimoniale.

L’accompagnement portera ainsi sur la consolidation des structures, avant leur autonomisation face aux enjeux qui touchent directement les communautés : gestion des ressources halieutiques, protection de l’environnement et gestion des déchets sur les sites de débarquement.

La ministre Fatima Camara : « Nous ne pouvons pas demander à la mer de nous donner davantage tout en lui donnant moins de protection »

Prenant la parole, la ministre de la Pêche et de l’Économie maritime, Fatima Camara, a rappelé le poids économique et social de la pêche en Guinée. En 2023, a-t-elle indiqué, plus de 435 000 tonnes de poissons ont été mises sur le marché guinéen. Le secteur représenterait environ 4,5 % du PIB et générerait près de 300 000 emplois directs.

Au-delà de ces chiffres, la ministre a insisté sur les milliers de femmes et d’hommes qui dépendent directement de cette activité.

« Derrière ces chiffres, il y a surtout des femmes et des hommes », a-t-elle souligné, citant notamment les pêcheurs, les femmes actives dans la transformation et la commercialisation, les jeunes et les familles vivant de la pêche.

Pour la ministre, la question centrale de la cogestion est de savoir comment garantir que les ressources halieutiques puissent continuer à faire vivre les communautés dans les années à venir. Elle estime que la préservation des ressources ne peut relever de la seule administration, les professionnels disposant eux-mêmes d’une connaissance fine de leur environnement et des réalités du terrain.

« Il est donc normal qu’ils soient davantage associés aux décisions qui concernent la gestion de cette ressource. C’est précisément le sens des Associations Locales de Cogestion des Pêcheries (ALCP) que nous mettons aujourd’hui en place. » L’État conserve son rôle, les communautés prennent davantage de responsabilités. Fatima Camara a par ailleurs précisé que la cogestion ne signifie pas un retrait de l’État.

« La cogestion, ce n’est pas le désengagement de l’État. L’État doit continuer à jouer pleinement son rôle : fixer les règles, garantir leur respect, protéger l’intérêt général, et assurer les missions de surveillance, de contrôle et de police des pêches », a-t-elle déclaré. Les ALCP doivent plutôt devenir des espaces de concertation permettant aux acteurs de faire remonter leurs préoccupations, de partager leurs expériences et de rechercher collectivement des solutions. La ministre a également appelé à instaurer une relation de confiance entre l’administration et les communautés, tout en rappelant la nécessité pour les professionnels de respecter les règles destinées à protéger la ressource.

« Nous ne pouvons pas demander à la mer de nous donner davantage tout en lui donnant moins de protection. C’est pourquoi la cogestion doit aussi être une école de responsabilité. »

Autre priorité mise en avant : la représentation des femmes et des jeunes au sein des nouvelles associations.

La ministre a rappelé que les femmes occupent une place essentielle dans la transformation et la commercialisation des produits de la pêche, tandis que les jeunes constituent une composante majeure de l’avenir des communautés.

Elle souhaite ainsi que les ALCP soient « réellement représentatives de nos réalités locales » et permettent à chaque catégorie d’acteurs de participer à la gestion du secteur.

S’adressant aux participants, Fatima Camara a également insisté sur le caractère concret de l’atelier : « Nous sommes ici pour examiner des textes, certes, mais surtout pour nous assurer qu’ils correspondent aux réalités de nos communautés et qu’ils pourront être réellement appliqués. »

La démarche engagée à Kaporo et Boulbinet pourrait progressivement être étendue à d’autres sites de débarquement du pays. La ministre a salué l’engagement pris en ce sens par le coordonnateur du projet Koukoui, estimant que cette perspective constitue une étape importante vers une généralisation progressive de la cogestion.

Elle a enfin appelé les participants à faire de ces travaux un véritable cadre de réflexion et d’appropriation.

« Je souhaite donc que nos échanges soient ouverts, constructifs et surtout utiles, que nous puissions sortir de ces ateliers avec des textes compris par tous, acceptés par tous et suffisamment adaptés pour être véritablement appliqués sur le terrain. »

Pour le département en charge de la Pêche et de l’Économie maritime, la mise en place des ALCP s’inscrit dans les réformes engagées dans le secteur et vise à rapprocher l’action publique des communautés, responsabiliser les acteurs et renforcer la protection des ressources halieutiques.

Un enjeu que la ministre résume en une formule : « La pêche de demain se prépare aujourd’hui ; préserver la ressource, c’est protéger les revenus de nos familles. »

 

 

Aboubacar Moussa Camara