Dans un contexte marqué par la vigilance des consommateurs face au coût de la vie, le ministère de l’Industrie et du Commerce a déclenché une vaste opération de contrôle dans les principaux marchés de Conakry. Déployée d’abord au marché de Madina avant de s’étendre à Taouyah et Kaporo, cette mission conjointe mobilise plusieurs institutions publiques pour faire respecter le protocole d’accord sur le plafonnement des prix des denrées de première nécessité, vérifier la conformité et la qualité des produits, ainsi que le respect des normes de poids et mesures. L’initiative vise à protéger le pouvoir d’achat des citoyens, assainir les pratiques commerciales et renforcer la confiance entre consommateurs, commerçants et autorités.
Les usagers des grands marchés de la capitale ont assisté ce mardi à une véritable démonstration de coordination entre plusieurs institutions publiques. Une délégation composée de la Direction nationale du commerce intérieur et de la concurrence (DNCIC), de l’Office national de contrôle qualité (ONCQ), de l’Institut guinéen de normalisation et de métrologie (IGNM), ainsi que de représentants de la Chambre de commerce, a investi les principaux lieux de négoce pour une opération de contrôle d’envergure.
Dans les allées des marchés, les équipes ont procédé à la vérification des prix affichés, à l’inspection des produits vendus et à des contrôles sur le poids des marchandises préemballées. L’objectif est de s’assurer que les engagements pris dans le cadre du protocole signé avec les opérateurs économiques soient effectivement respectés sur le terrain.
Pour Mohamed Traoré, Directeur national du commerce intérieur et de la concurrence, cette mission répond à une instruction directe de la ministre Fatima Camara et s’inscrit dans une volonté de rapprocher l’administration des réalités du marché.
« Cette campagne nationale se déroule simultanément à Conakry et dans toutes les préfectures de l’intérieur. Le constat est encourageant : la plupart des commerçants sont déjà informés et appliquent le protocole signé le 16 février. C’est une opportunité pour nous de pérenniser ces contrôles. Nous travaillons également en étroite collaboration avec les gestionnaires de marchés afin que chacun s’approprie cette lutte, car un marché stabilisé profite à toute la population », a-t-il expliqué.
Selon lui, la présence des équipes sur le terrain est essentielle pour garantir l’effectivité des décisions prises.
« Nous ne pouvons pas rester dans les bureaux. Il faut constater de visu le respect des prix consensuels signés le 16 février dernier », a-t-il insisté.
Le responsable a également rappelé que cette campagne est déployée simultanément dans les 33 préfectures du pays. Il a par ailleurs appelé les citoyens à jouer un rôle actif dans la surveillance des pratiques commerciales.
« Les populations peuvent appeler le 142 pour signaler tout abus. Chaque niveau de commerce — importateur, grossiste ou détaillant — dispose d’un prix plafond clairement établi », a-t-il précisé.
Produits impropres : la santé publique au cœur des contrôles
Au-delà du respect des prix, la mission accorde une attention particulière à la qualité et à la conformité des produits mis sur le marché. L’Office national de contrôle qualité (ONCQ) veille notamment à identifier et retirer tout produit susceptible de présenter un risque pour la santé des consommateurs.
Mohamed Kadiatou Sylla, Directeur de l’ONCQ, rappelle que les équipes de l’institution sont mobilisées non seulement dans les marchés, mais également aux principaux points d’entrée du pays, notamment les ports, les aéroports et les frontières terrestres.
« Nous privilégions d’abord la sensibilisation, mais les sanctions sont réelles », prévient-il. « Si nous trouvons des produits qui affectent dangereusement la santé, les contrevenants seront mis à la disposition de la justice. »
Il souligne que cette initiative s’inscrit pleinement dans la vision stratégique portée par la ministre du Commerce pour lutter contre la circulation des produits impropres à la consommation.
« Notre objectif est de retirer du marché tout produit non conforme aux normes guinéennes. Des agents sont déployés sur toute l’étendue du territoire pour protéger les consommateurs, particulièrement en cette période de grande consommation où la contrefaçon représente un risque sérieux pour la santé publique, l’économie nationale et l’équité commerciale », a-t-il expliqué.
Poids et mesures : garantir l’équité pour le consommateur
La mission conjointe accorde également une attention particulière à la question des poids et mesures, un aspect souvent source de litiges entre commerçants et consommateurs.
Sur le terrain, les équipes de l’Institut guinéen de normalisation et de métrologie (IGNM) vérifient le contenu net des produits préemballés tels que le riz, le sucre, le lait ou encore les oignons.
Pépé Pascal Koropogui, Directeur général adjoint de l’IGNM, indique que les premières observations sont globalement positives.
« Nous menons une mission conjointe avec la DNCIC et l’ONCQ pour vérifier l’application des prix plafonds par les grossistes et détaillants. Parallèlement, l’IGNM contrôle le contenu net des produits préemballés. Dans l’ensemble, nous constatons une conformité, notamment pour le riz et le sucre », a-t-il indiqué.
Toutefois, certaines variations ont été observées sur les sacs d’oignons.
« Quelques écarts de poids ont été notés, ce qui s’explique en partie par l’humidité et la durée de conservation. Nous appelons néanmoins les commerçants à plus de rigueur lors de l’approvisionnement afin de ne pas léser le consommateur final », a-t-il ajouté.
Des commerçants globalement coopératifs
Du côté des opérateurs économiques, la tendance est à la coopération. Les commerçants rencontrés dans les marchés contrôlés se montrent, pour la plupart, disposés à respecter les engagements pris avec les autorités.
Seïkou Oumar Diallo, représentant de la Chambre de commerce, s’est réjoui de constater que les prix protocolaires sont globalement appliqués. Selon lui, certains commerçants vont même au-delà des engagements en proposant des prix promotionnels à l’approche du Ramadan.
Il estime que ces résultats sont également liés aux mesures d’allègement fiscal et portuaire prises par les autorités, notamment l’annulation des surestaries pour les opérateurs économiques.
« La satisfaction est sur toutes les lèvres. Les produits sont disponibles en quantité, en qualité et à des prix abordables », a-t-il déclaré.
Les autorités entendent maintenir la pression sur le terrain. La campagne de contrôle devrait se poursuivre durant tout le trimestre, avec des inspections régulières dans les marchés de la capitale et de l’intérieur du pays.
À l’issue de cette opération, un rapport d’évaluation sera transmis aux autorités afin de renforcer les mécanismes de protection des consommateurs et de lutter plus efficacement contre l’inflation et les pratiques commerciales déloyales.
À travers cette mobilisation coordonnée des services de l’État et des acteurs économiques, le gouvernement ambitionne ainsi de garantir des marchés plus transparents, des produits sûrs et des prix plus stables pour l’ensemble des consommateurs guinéens.
Aboubacar Moussa Camara