Depuis le mois dernier, l’ex-président de la Cour constitutionnelle de Guinée comparaît devant la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) pour des faits présumés de détournement de deniers publics portant sur 20 milliards de francs guinéens. Une affaire à fort retentissement, tant par le statut de l’accusé que par les montants en jeu.
Dr Mohamed Lamine Bangoura est également poursuivi pour enrichissement illicite, blanchiment de capitaux et corruption. Des accusations graves qui placent cette procédure au cœur de la lutte affichée par les autorités contre la délinquance économique et financière.
La singularité de ce dossier réside toutefois dans un élément inédit : aux côtés de l’État guinéen, un jeune greffier s’est constitué partie civile. Il s’agit de Lansana Kanko Kourouma, qui réclame au prévenu plus de 2 milliards de francs guinéens pour détournement présumé de salaires. Son avocate devait prendre la parole ce lundi 2 mars afin d’interroger Dr Mohamed Lamine Bangoura.
Mais contre toute attente, elle a sollicité un renvoi, invoquant la nécessité de prendre pleinement connaissance du fond du dossier. L’audience a donc été reportée au 9 mars. À cette date, elle entend produire des pièces supplémentaires et les communiquer à la Cour ainsi qu’aux différentes parties, ce qui pourrait redéfinir les contours du débat judiciaire.
Cette demande de renvoi n’a pas tardé à provoquer la réaction du conseil de la défense. Me Facinet Soumah a vigoureusement contesté la compétence de la CRIEF dans le cadre de la plainte introduite par le greffier. Selon lui, le montant réellement réclamé n’atteindrait même pas 100 millions de francs guinéens, bien en deçà du seuil requis pour que la juridiction spécialisée puisse en connaître.
« Nous avons lu les déclarations et tiré les conséquences de ce que nous avons constaté. Ce que le greffier réclame n’atteint même pas 100 millions. Il aurait dû saisir une autre juridiction, car la compétence de la CRIEF commence à partir d’un milliard », a-t-il martelé.
Pour l’avocat de la défense, le dossier manquerait de consistance et reposerait sur une interprétation erronée des faits financiers reprochés à son client.
« On reproche à quelqu’un d’avoir détourné 20 milliards. C’est comme s’il avait reçu 20 milliards en liquide et ne les avait pas utilisés comme il se doit, alors que ce montant découle d’une loi de finances », a rappelé Me Facinet Soumah, suggérant que les sommes évoquées relèveraient d’inscriptions budgétaires plutôt que d’un maniement direct de fonds.

Alors que la prochaine audience s’annonce déterminante, l’affaire cristallise les tensions autour de la compétence de la CRIEF et de la solidité des charges retenues. Entre bataille procédurale et débat sur le fond, le procès de l’ancien haut magistrat s’inscrit déjà comme l’un des dossiers judiciaires les plus scrutés du moment en Guinée.

 

Aboubacar Moussa Camara