L’ancien président de la Cour constitutionnelle, Mohamed Lamine Bangoura, a de nouveau comparu, lundi 23 février 2026, devant la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF). Il est poursuivi pour détournement de deniers publics, corruption, enrichissement illicite, blanchiment de capitaux et complicité.

Selon la CRIEF, l’ex-haut magistrat disposerait d’immeubles en Guinée et dans la sous-région, pour une valeur estimée à plusieurs centaines de millions de francs CFA. Une accusation qu’il rejette catégoriquement.
À la barre, Mohamed Lamine Bangoura a détaillé ses revenus et l’origine de ses biens. À son arrivée à la Cour constitutionnelle fin 2018, il affirme percevoir 21 millions de francs guinéens par mois — « le double du salaire des ministres » selon lui — avant de toucher, dans les mois suivants, 75 millions mensuels.
Il soutient également disposer de sources de revenus antérieures à sa nomination. Il évoque notamment l’acquisition, dès 2009, de deux duplex à Nongo, d’un immeuble à Dakar, d’un immeuble revendu à Paris, de biens à Wonkifong (Coyah), ainsi que de plantations d’ananas dans cette localité. Il affirme en outre avoir perçu 1,5 milliard de francs guinéens à la suite d’un troc immobilier à Conakry. « Tous les reçus de paiement échelonné sont versés à la greffe », a-t-il assuré au juge Yacouba Conté.

Autre point sensible : le loyer du bâtiment abritant la Cour constitutionnelle. Sous sa présidence, celui-ci serait passé de 8 à 11 milliards de francs guinéens par an. Bangoura précise toutefois ne pas avoir été associé à la signature du contrat.
Il a également détaillé le fonctionnement budgétaire de l’institution :
Un budget annuel de 20 milliards de francs guinéens, adopté par l’Assemblée nationale ;
Une enveloppe supplémentaire de 1,2 milliard gérée par un comité de trésorerie (président, trésorier, DAF), dont il dit s’être retiré ;

Selon lui, son rôle se limitait à la validation des procès-verbaux, sans intervention dans les décisions financières opérationnelles. Il affirme que les fonds étaient retirés par chèque puis répartis en enveloppes, après validation administrative.

Mohamed Lamine Bangoura a également mentionné des démarches auprès de l’ancien président Alpha Condé. Il explique qu’aucun « fonds spécial » ne lui aurait été accordé, en dehors des périodes électorales. Il dit avoir supervisé quatre scrutins avec des fonds d’accompagnement s’élevant à 5 milliards de francs guinéens.
« En tant que magistrat, je m’occupais uniquement des questions juridiques », a-t-il insisté, affirmant ne pas savoir qui réglait directement les loyers.

À l’issue de cette audience, le parquet a pointé plusieurs incohérences dans les déclarations du prévenu. Le juge audiencier a renvoyé l’affaire au 2 mars pour la poursuite des débats.

L’audience a ainsi mis en lumière une ligne de défense structurée autour de revenus antérieurs, de justifications documentées et d’un rôle présenté comme strictement juridique. Reste désormais à la justice de déterminer si ces explications suffiront à dissiper les soupçons d’enrichissement illicite qui pèsent sur l’ancien gardien de la Constitution.

 

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