Un référendum est souvent présenté comme un moment de vérité démocratique. Pourtant, derrière l’apparente simplicité d’un 《OUI》 ou d’un 《NON 》se cache une question bien plus profonde : comment notre nation choisit-elle son avenir ? Entre l’espoir d’un renouveau départ et la crainte d’une répétition, il ne s’agit pas seulement d’approuver ou de rejeter un texte. Ce qui est véritablement en jeu, c’est la manière dont ce texte est proposé, discuté, adopté  et donc vécu par le peuple.

Car un texte, aussi solide soit-il dans sa forme, reste une coquille vide s’il n’est pas habité par la confiance. La légitimité d’une Constitution ou d’un projet majeur ne se décrète pas : elle se construit par la conviction et l’adhésion. Or cette adhésion n’émerge que dans un climat où chaque citoyen se sent acteur, entendu, respecté. Sans liberté réelle, sans information transparente, sans possibilité d’un débat contradictoire, le vote se réduit à un rituel administratif, voire à une mise en scène politique.

L’histoire récente de la Guinée en témoigne. De la première Constitution de 1958, symbole de l’indépendance mais rapidement corsetée par un régime autoritaire, aux multiples révisions constitutionnelles qui ont suivi, souvent perçues comme taillées sur mesure pour prolonger le pouvoir, le pays a payé le prix des textes imposés. Chaque fois que la voix populaire a été contournée ou instrumentalisée, la conséquence fut la contestation, la rue, parfois la violence. Le texte censé unir a alors divisé, nourrissant un cycle d’instabilité dont la nation peine encore à sortir.

D’autres pays africains illustrent le même dilemme. Au Niger, au Togo, au Congo, des révisions constitutionnelles controversées, souvent destinées à prolonger un mandat présidentiel, ont conduit à des crises politiques prolongées et à une défiance généralisée vis-à-vis des institutions. À l’inverse, des expériences comme celle de l’Afrique du Sud post-apartheid montrent que l’inclusivité est possible : une Constitution élaborée dans un processus long et participatif, associant partis politiques, société civile et citoyens ordinaires, peut devenir un pilier de stabilité durable.

Au-delà de l’Afrique, l’histoire récente offre des leçons similaires. En Europe, les révisions constitutionnelles trop rapides ou imposées sans consensus ont parfois conduit à des contestations massives et à la perte de confiance dans les institutions. En Amérique latine, des référendums sur la durée des mandats présidentiels ou la modification de la Constitution ont souvent généré des crises sociales lorsque le processus a été perçu comme manipulé. Même des démocraties établies comme la France ou l’Italie ont vu leur stabilité institutionnelle être testée par des référendums mal préparés ou mal compris par l’opinion publique.

Ces exemples montrent que la force d’un texte constitutionnel ne réside pas dans ses mots, mais dans la légitimité qu’il incarne. Cette légitimité naît de l’inclusivité du processus, de la transparence, et de la liberté réelle donnée à chaque citoyen de participer et de décider. Sans cela, un texte devient un instrument de division plutôt qu’un fondement de cohésion.

C’est pourquoi le référendum qui se profile en Guinée ne concerne pas seulement le contenu du projet de Constitution. Il pose la question centrale du processus : est-il ouvert ou verrouillé ? Inclusif ou exclusif ? Éclairant ou opaque ? Respectueux de toutes les voix ou dicté par quelques-uns ? La réponse à cette question déterminera non seulement la validité du texte, mais aussi la stabilité et l’avenir du pays.

Un peuple ne demande pas qu’on lui dicte son destin. Il demande à le construire, avec ses doutes, ses débats et ses choix. Lui offrir ce droit n’est pas un luxe démocratique : c’est une condition indispensable pour garantir la paix sociale, la légitimité des institutions et la pérennité d’un État. Refuser ce droit, c’est fragiliser le pacte républicain et risquer de replonger le pays dans des cycles de crises répétées.

ce référendum dépasse largement la question des articles du texte. Il interroge le contrat social, la relation entre l’État et ses citoyens. Voulons-nous répéter les erreurs du passé avec des Constitutions contestées dès leur naissance, ou avons-nous le courage d’écrire enfin un texte qui appartienne à tous, non par contrainte mais par conviction ?

une Constitution ne vaut pas par ce qu’elle proclame, mais par ce qu’elle incarne. Et elle n’incarne que ce que le peuple consent à lui donner : sa confiance, sa liberté, sa souveraineté. C’est là, bien au-delà du vote, que se joue l’avenir de la Guinée et que se mesure la maturité démocratique de toute nation.

 

Moussa De Mariame

Artisan de liberté.