Lancé officiellement le 11 novembre dernier, le méga-projet Simandou continue de susciter un vif débat en Guinée. Présenté par les autorités comme l’un des chantiers les plus ambitieux de l’histoire du pays, ce gisement considéré comme le plus grand dépôt de fer inexploité au monde cristallise à la fois espoirs, attentes et inquiétudes.
Si certains saluent un tournant économique majeur susceptible de transformer durablement la Guinée, d’autres dénoncent un projet entouré d’opacité. Parmi eux, l’ancien Premier ministre et leader de l’UFDG, Cellou Dalein Diallo, qui s’est exprimé lors d’un meeting géant tenu à Paris ce samedi.
« Simandou, c’est la providence… mais où sont les documents ? »
Dans son intervention, Cellou Dalein Diallo accuse la junte au pouvoir de dissimuler les clauses contractuelles, pourtant essentielles pour évaluer les bénéfices réels du projet pour le pays.
Il rappelle que le Code minier et les engagements internationaux de la Guinée, notamment auprès de l’ITIE, imposent la publication des documents relatifs à l’exploitation minière et au paiement des redevances.
« La junte prétend avoir maximisé les avantages de la Guinée, mais elle dit qu’elle ne publie pas les documents. C’est contraire au Code minier et à nos engagements vis-à-vis de l’ITIE », dénonce-t-il.
Selon lui, la Guinée possède un atout exceptionnel — un sous-sol d’une richesse rare — mais les avantages annoncés par les autorités restent faibles au regard de ce que le pays pourrait, selon lui, réellement obtenir.
« 15 % de parts pour la Guinée ? Les gouvernements précédents ont fait mieux »
Cellou Dalein fait une comparaison directe avec l’époque de la Première République :
« Pour la CBG, la Première République a obtenu 49 % d’actions gratuites. Eux, ils n’ont obtenu que 15 % dans Simandou ? »
Cette différence constitue, selon lui, un indicateur que la négociation n’a pas été menée dans l’intérêt optimal de la nation. Il questionne également l’élément majeur mis en avant par le gouvernement : la construction d’un port en eau profonde.
Port en eau profonde ou simples barges ? La question qui fâche
L’ancien Premier ministre affirme que les autorités entretiennent une confusion volontaire sur cette question. D’après ses propos, il ne s’agirait pas d’un port en eau profonde, mais de barges modernes permettant d’acheminer le minerai jusqu’aux navires minéraliers en haute mer, une solution bien moins coûteuse et techniquement plus réaliste compte tenu du faible tirant d’eau du littoral guinéen.
« Qu’ils disent clairement aux Guinéens : il n’y a pas de port en eau profonde. Il y a un chemin de fer de 570 km, oui, et nous avons 15 %. C’est tout », martèle-t-il.
Au-delà des aspects techniques, Cellou Dalein estime que les zones d’ombre entourant Simandou s’inscrivent dans une dynamique plus large de confiscation du pouvoir sous Mamadi Doumbouya.
« Nous avons mille raisons de ne pas nous associer à cette confiscation du pouvoir annoncée », affirme-t-il.
Le projet Simandou, présenté par le gouvernement comme une « victoire historique » pour la Guinée, se retrouve au cœur d’un véritable bras de fer narratif. D’un côté, les autorités défendent un chantier titanesque censé repositionner le pays sur la scène minière mondiale ; de l’autre, des voix critiques dénoncent un manque de transparence, des conditions négociées en deçà du potentiel national et des promesses exagérées.
Il revient désormais aux économistes, ingénieurs, juristes et experts miniers d’éclairer la population :
Simandou est-il réellement l’aubaine annoncée, ou un compromis trop coûteux pour l’avenir du pays ?
Avec nos amis de mediaguinée.com









