À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la traite des êtres humains, célébrée chaque 30 juillet, le ministère de la Promotion féminine, de l’Enfance et des Personnes vulnérables a organisé une conférence de presse ce mercredi 30 juillet 2025. Objectif : dresser un état des lieux d’un fléau qui ronge encore les fondations sociales, malgré les efforts déployés.
La rencontre a réuni des partenaires techniques, des représentants d’organisations de la société civile et des acteurs institutionnels engagés dans cette lutte. Mme Davi Kossiwa Didi, représentante adjointe du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), a rappelé la gravité du phénomène tout en saluant l’implication de l’État guinéen.

« C’est avec un grand honneur que je prends la parole, au nom du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, à l’occasion de cette Journée mondiale de la dignité des victimes de la traite des personnes, célébrée cette année sous le thème : “La traite des personnes est un crime organisé, mettons fin à l’exploitation” », a-t-elle déclaré.
Le HCDH a renouvelé son engagement à accompagner la Guinée, en particulier le Comité National de Lutte contre la Traite des Personnes et les Pratiques Assimilées (CNLTPPA), à travers un plan d’appui triennal (2025–2027) articulé autour de six axes stratégiques, dont :
- le renforcement du cadre légal,
- la coordination entre acteurs,
- la formation des professionnels,
- la sensibilisation des communautés,
- l’appui logistique,
- et le suivi des engagements internationaux.
Lors de la conférence, le président du CNLTPPA, également conseiller juridique, a abordé avec franchise les limites du système de collecte de données sur la traite en Guinée.« C’est un défi pour nous en termes de collecte, de traitement et de diffusion des informations statistiques », a-t-il reconnu. « Chaque acteur a sa méthode, et nous devons croiser les bases de données pour aboutir à un tableau plus ou moins consensuel. »
Malgré cette complexité, certaines tendances émergent clairement. Sur les cas d’exploitation sexuelle documentés :
- 80 % concernent des femmes adultes,
- 30 % des enfants, en particulier des jeunes filles recrutées et exploitées, souvent dans des réseaux de proxénétisme.
En matière de travail forcé, les chiffres sont tout aussi préoccupants :
- 30 % de femmes et
- 15 % de jeunes filles victimes, souvent issues de zones rurales et placées comme domestiques à Conakry sans percevoir de revenus, leurs recruteurs tirant profit de leur labeur.
D’autres formes de traite apparaissent également dans les rapports, telles que le trafic d’organes, même si aucun cas n’a été officiellement enregistré jusqu’à présent.
La Guinée s’est dotée en 2024 d’une loi spécifique sur la traite des personnes. Toutefois, quatre textes d’application sont encore attendus, indispensables pour rendre le dispositif pleinement opérationnel. Trois d’entre eux sont finalisés. Le dernier, concernant la création d’un fonds national de lutte contre la traite, fait encore l’objet de débats.« Le CNT nous a déconseillés d’opter pour un établissement public autonome », explique le président du comité. « L’option actuelle est d’intégrer la prise en charge des victimes dans les services existants du ministère, à travers une allocation budgétaire dédiée. »
En conclusion, tous les intervenants ont insisté sur la nécessité d’adopter une approche centrée sur les droits humains, axée à la fois sur la prévention, la protection des victimes et la poursuite des auteurs.« Nous réaffirmons notre disponibilité à poursuivre ce partenariat stratégique et solidaire, au service de la dignité humaine », a conclu Mme Davi Kossiwa Didi.
Alors que la Guinée renforce ses instruments juridiques et son dispositif institutionnel, la lutte contre la traite des êtres humains reste un combat de longue haleine qui nécessite coordination, courage et constance.
Aboubacar Moussa Camara
611 70 39 84











