Le procès du margi-chef Thierno Abdoulaye Baldé, gendarme accusé du meurtre de madame Koumba Keita, s’est poursuivi ce mercredi 16 octobre 2025 devant le Tribunal militaire de première instance permanent de Conakry. Les faits remontent au 26 septembre dernier dans le quartier Ansoumania, situé dans la commune urbaine de Kagbélén, où la victime aurait été mortellement touchée par balle.
Selon les déclarations de la partie civile, représentée par Me Abdoulaye Keita, les circonstances du drame soulèvent de nombreuses zones d’ombre. L’avocat évoque un acte prémédité camouflé sous un prétendu accident.

« Oui, vous savez, Mme Koumba Keita a été tuée par balle le 26 septembre 2025 par le margi-chef Thierno Abdoulaye Baldé. Il s’est rendu à son domicile, mais avant même d’entrer, un premier coup de feu a été tiré. Une fois dans le salon, la défunte lui aurait proposé de partager un repas, ce qu’il aurait refusé, prétextant ne pas manger le matin. Elle a alors demandé à sa fille d’aller lui acheter du jus. C’est à ce moment-là que, selon la version du prévenu, son pistolet serait accidentellement tombé, atteignant Mme Koumba Keita à l’épaule. Malheureusement, elle a succombé à sa blessure malgré son évacuation à l’hôpital. »
Mais pour Me Keita, cette version des faits ne tient pas la route. Il s’interroge sur la direction de la balle et remet en cause la nature « accidentelle » de ce tir :
« Regardez la direction du tir : madame se trouvait à gauche, alors que le pistolet est tombé à droite. Comment l’arme aurait-elle pu se retourner et tirer dans cette direction ? C’est un montage. »
L’avocat ne cache pas sa frustration face à la manière dont la justice militaire traite ce dossier. Il dénonce une procédure précipitée et influencée :
« Ce dossier est criminel et mérite d’être confié à un cabinet d’instruction. Or, il a été curieusement retenu en flagrant délit. C’est extrêmement grave. Pire, un transport judiciaire a été ordonné sans la présence de la partie civile. Cela montre clairement qu’on tente d’étouffer certains éléments. »
Il pointe du doigt une ingérence qu’il juge évidente de la part du général Baldé, ancien haut-commandant de la gendarmerie nationale :
« Le général Baldé est à la manœuvre. Il est le véritable architecte de ce dossier. Le prévenu est son protégé, un proche parent. C’est grâce à son intervention que ce dossier a été traité en flagrance. »
Revenant sur le mobile probable du drame, Me Keita évoque un conflit familial autour d’un projet de mariage :
« Le 28 octobre, je vous exposerai les raisons profondes du conflit entre les deux familles. Le gendarme entretenait une relation avec la fille de la défunte. Or, des membres de la famille de Mme Keita s’opposaient fermement à cette union. La victime, perçue comme un obstacle, aurait donc été délibérément éliminée pour que le mariage puisse se faire. C’est notre hypothèse. »
La défense reconnaît une erreur, mais dénonce des négligences médicales

En face, Me Amadou Oury Diallo, avocat de la défense, reconnaît certaines fautes de son client, mais conteste vigoureusement la thèse de l’assassinat. Il tente de déplacer une partie de la responsabilité sur le personnel médical :
« Je le reconnais, en tant qu’avocat, mon client n’aurait pas dû porter une arme chargée. Mais une fois la femme blessée, il a tout fait pour la sauver. Il l’a lui-même conduite à l’hôpital. Malheureusement, c’est au niveau médical que les choses ont mal tourné. On aurait dû d’abord arrêter l’hémorragie et organiser un transfert rapide par ambulance. Ce manquement a coûté la vie à la victime. »
Le tribunal a décidé de renvoyer l’affaire au mardi 28 octobre prochain. Cette prochaine audience permettra d’entendre les témoins, élément clé pour éclairer davantage les zones d’ombre qui planent sur cette affaire.
Aboubacar Moussa Camara
611 70 39 84









