Conakry, 20 septembre 2025 – À quelques heures d’un scrutin décisif pour l’avenir politique de la Guinée, le Réseau Ouest Africain pour l’Édification de la Paix (WANEP-Guinée) a tenu ce samedi une déclaration officielle à Conakry. Réunis dans un hôtel de la capitale, les membres du réseau ont dévoilé les premiers constats de leur mission de suivi du processus référendaire, marqué par des tensions politiques, des appels au boycott, et des défis sécuritaires persistants.

Ce dimanche 21 septembre 2025, les Guinéens sont appelés à se prononcer par référendum sur un nouveau texte constitutionnel, censé marquer le retour à l’ordre constitutionnel, quatre ans après la prise du pouvoir par le Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD) le 5 septembre 2021.

Mais le contexte reste électriquement chargé : boycott annoncé par des partis politiques et des plateformes citoyennes, suspension de médias et d’organisations, interdiction de manifestations, disparitions d’acteurs civils… Autant de signaux qui renforcent la méfiance d’une partie de la population vis-à-vis du processus en cours.

La tenue du référendum repose sur une série de décrets et de lois adoptés entre décembre 2021 et août 2025, qui ont notamment transféré les compétences de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) au ministère de l’Administration du Territoire. Une décision fortement critiquée par les opposants, qui dénoncent une instrumentalisation de l’appareil d’État pour orienter les résultats.

Le corps électoral est officiellement composé de 6 768 458 électeurs, répartis dans 23 662 bureaux de vote. Toutefois, des incidents ont été signalés dans la distribution des cartes, notamment à Siguiri, où des listes ont été détruites lors de heurts entre groupes rivaux.

Lancée le 31 août et clôturée le 18 septembre, la campagne électorale s’est déroulée avec une domination nette du camp du « OUI », omniprésent sur le terrain. En revanche, les partisans du « NON » ont brillé par leur absence, en partie en raison des restrictions sur les libertés de réunion et de circulation. Certains leaders d’opinion se sont exprimés uniquement par voie médiatique, appelant soit à voter contre, soit à boycotter purement et simplement le scrutin.

Face à cette situation, WANEP-Guinée, en collaboration avec la CEDEAO, ECONEC, UNOWAS et avec l’appui financier de l’Union Européenne, a lancé un projet ambitieux de prévention de la violence électorale, avec comme pièce maîtresse la mise en place d’une Salle de Situation Électorale (SSE), opérationnelle du 20 au 22 septembre.

Ce dispositif, différent d’une mission d’observation classique, se concentre sur les zones identifiées comme à risque élevé ou très élevé. Grâce à une cartographie élaborée à partir de données historiques et contextuelles, 100 observateurs ont été formés et déployés dans les huit régions du pays.

« La Salle de Situation travaille en synergie avec le terrain pour alerter en temps réel sur les risques, et proposer des réponses rapides », a déclaré un représentant de WANEP.

WANEP-Guinée se félicite du respect du calendrier électoral, de l’opérationnalisation de l’ONASUR, et de la présence d’observateurs nationaux et internationaux. Mais les motifs d’inquiétude restent nombreux :

  • Appels au boycott et à manifester par des leaders politiques et acteurs civiques ;
  • Zones à risque élevé de violences électorales, notamment dans les bastions politiques tendus ;
  • Suspensions de partis politiques, emprisonnements d’opposants ;
  • Propagation de fake news et discours haineux sur les réseaux sociaux ;
  • Disparitions, répression et atteintes aux droits humains, parfois meurtrières.

WANEP-Guinée appelle l’ensemble des parties prenantes à faire preuve de responsabilité :

  • Au gouvernement : garantir la neutralité de l’État, sécuriser les zones sensibles, et restaurer un dialogue politique inclusif.
  • À la Direction Générale des Élections (DGE) : agir avec transparence, rapidité, et neutralité en cas d’incidents.
  • Aux partis politiques : éviter les appels à la violence et recourir aux voies légales.
  • Aux forces de sécurité : respecter les droits humains et la proportionnalité dans le maintien de l’ordre.
  • Aux médias : s’abstenir de relayer les discours incendiaires et respecter les règles déontologiques.
  • Aux leaders religieux et traditionnels : prêcher la paix et l’unité.
  • À la société civile : poursuivre la veille citoyenne, sans relâche.

Dans un pays encore marqué par une instabilité politique chronique, WANEP-Guinée rappelle que la prévention de la violence électorale est un devoir collectif. La mission d’observation du réseau rendra une déclaration préliminaire le 22 septembre 2025.

Le référendum du 21 septembre 2025 sera un test majeur pour la Guinée. Plus que le résultat du vote, c’est la manière dont il se déroule qui conditionnera la suite de la transition. Entre incertitudes et espoirs, la société civile s’organise pour que l’urne ne devienne pas un catalyseur de violences, mais un levier de stabilité démocratique.