Après l’investiture du Président Mamadi Doumbouya, des signaux annoncent une possible recomposition de l’Exécutif, entre tradition politique et réalités constitutionnelles.
Après avoir été officiellement investi et installé dans ses fonctions de Président de la République de Guinée, Mamadi Doumbouya pourrait recevoir, dans les prochaines heures ou jours, la démission du gouvernement conduit par Amadou Oury Bah, en poste depuis le 13 mars 2024. Cette éventualité, bien que non systématiquement imposée par les textes, s’inscrit dans une tradition politique largement observée dans les régimes républicains, notamment en période de transition ou de renouvellement institutionnel.
En effet, l’entrée en fonction d’un nouveau Président de la République est souvent suivie, par usage politique, du dépôt de la démission du Premier ministre et de son équipe gouvernementale. Cette démarche vise à permettre au Chef de l’État de réaffirmer son autorité exécutive et de disposer d’une pleine latitude dans la reconduction ou la recomposition de l’équipe gouvernementale. Il revient alors au Président, en toute souveraineté, de maintenir le Premier ministre en fonction ou de procéder à un changement, selon les orientations politiques et stratégiques qu’il entend impulser.
Des signaux annonciateurs de cette possible démission ont été observés au cours des derniers jours. La semaine dernière, le Premier ministre Amadou Oury Bah, communément appelé Bah Oury, a convié les membres de son gouvernement à un dîner à son domicile situé à la cité ministérielle. Ce geste, à forte portée symbolique dans les cercles du pouvoir, est intervenu peu après la tenue d’un dernier conseil interministériel au Palais de la Colombe, siège de la Présidence.
Selon des informations concordantes, l’économiste nommé Premier ministre le 27 février 2024 aurait profité de cette ultime réunion gouvernementale pour informer clairement ses collaborateurs qu’il s’agissait du dernier conseil interministériel qu’il présidait sous la configuration actuelle. Une déclaration qui laisse entrevoir soit une démission imminente, soit une probable recomposition gouvernementale décidée au sommet de l’État.
Cependant, contrairement à certaines interprétations largement répandues dans l’opinion publique, la Constitution guinéenne en vigueur ne subordonne pas juridiquement le maintien du gouvernement à l’installation d’un nouveau Président de la République. Sur le plan strictement légal, le sort du gouvernement n’est pas automatiquement lié à l’investiture du Chef de l’État.
À ce sujet, le juriste et analyste politique Makanéra Kaké apporte un éclairage précis au micro de nos confrères de Africaguinee.com:
« Légalement, sur le plan constitutionnel, surtout au regard de la nouvelle Constitution qui encadre l’exercice du pouvoir actuel, il n’est nullement prévu que le gouvernement démissionne à la suite de l’élection ou de l’installation du Président de la République. La nouvelle Constitution ne reconnaît la démission du gouvernement que dans trois hypothèses bien précises, limitativement énumérées par les textes. »
Cette clarification juridique met en évidence la distinction entre la pratique politique et les exigences constitutionnelles. Elle souligne également que toute démission du gouvernement de Bah Oury relèverait davantage d’une décision politique ou d’un choix stratégique du Président Mamadi Doumbouya que d’une obligation légale.
Dans ce contexte de transition institutionnelle, les prochains jours s’annoncent décisifs pour la configuration de l’Exécutif guinéen, alors que l’opinion publique et les acteurs politiques restent attentifs aux orientations que prendra le Chef de l’État pour la suite du processus politique et gouvernemental.
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