Hier soir, samedi 13 décembre, Azaya a franchi un cap historique en se produisant pour la première fois à l’Arena Grand Paris. Sous les étoiles en fugue et le ciel glacé de Tremblay-en-France, le chanteur guinéen s’est attaqué à un défi de taille : remplir une salle mythique et porter haut les couleurs de la Guinée sur les terres de Napoléon.

Après près d’un an de communication intense et méthodique, le pari de la mobilisation a été relevé. La forte affluence en est la preuve. Nos confrères de SITANEWS ont retracé les temps forts d’un concert très attendu, oscillant entre retards notables, tensions passagères, moments de grâce et victoire symbolique.

Un début sous tension

Il est 16h32 lorsque nous arrivons sur le site. L’Arena, nichée à Sausset, du nom d’une petite rivière de Seine-Saint-Denis, paraît quelque peu excentrée. Pourtant, les fans sont déjà là, nombreux, déterminés. Bravant le froid mordant de l’hiver, ils patientent des heures durant pour soutenir leur idole.

Les portes devaient ouvrir à 18h, pour un concert annoncé à 20h. Mais la soirée prend rapidement du retard — un retard conséquent. Les balances techniques ne débutent qu’à 18h30, tandis que la foule, transie, attend à l’extérieur. L’impatience monte. Les agents de sécurité sont débordés, les mouvements de foule se multiplient, la tension devient palpable. Ce n’est finalement qu’aux alentours de 20h30 que les portes s’ouvrent enfin.

Trecy La Cayenne met le feu aux premières émotions

La première partie est assurée par la Congolaise Trecy La Cayenne. Pendant près de trente minutes, sa voix puissante résonne dans l’Arena encore en phase de remplissage. L’ambiance s’installe progressivement, monte en intensité. Puis, la maîtresse de cérémonie, la sublime Kadiatou Kaba, invite le public à entonner l’hymne national guinéen, prélude solennel à l’entrée de la star tant attendue.

Une entrée royale pour Azaya

À 21h44, les neuf musiciens et quatre choristes d’Azaya prennent place pour un live annoncé comme grandiose. La griotte Djely Kanny Fanta introduit l’artiste avec fierté, retraçant son parcours et son rôle central dans l’évolution de la musique guinéenne contemporaine.

Soudain, Azaya surgit dans un déluge de fumigènes. Les torches des téléphones s’illuminent. Élégant, vêtu d’un habit orné du symbole Nimba, micro à la main et canne de roi dans l’autre, il impose sa présence. L’Arena explose sous les applaudissements.

Des tubes, de la communion et des frissons

Le concert s’ouvre sur « Cercle de feu », un titre chargé de punchlines et d’émotion. Azaya y convie Soul Bang’s, autre figure majeure de la musique guinéenne. Le ton est donné. La fête commence véritablement.

Porté par une osmose palpable avec son public, Azaya enchaîne les succès : « Allah Lé Kabon », tube aux millions de vues, puis « Gnénèssouma », souvenir vibrant de ses débuts. L’Arena vibre. Les voix s’élèvent, les corps dansent, les regards brillent. La communion est totale. Les premiers frissons parcourent la salle.

Solidarité, transmission et émotion brute

Entre deux titres, Azaya s’adresse à son public. Il exprime son soutien à Djelykaba Bintou, récemment prise pour cible sur les réseaux sociaux :
« Notre sœur, notre amie, notre compatriote Djelykaba Bintou a été atteinte dans sa dignité ces derniers jours. Levez les mains, je veux qu’on lui apporte notre soutien ce soir », lance-t-il.

L’Arena répond par une ovation prolongée. Le geste du « Messi » touche. Azaya introduit ensuite d’autres artistes avant de se retirer momentanément. La scène accueille alors Lil Saako, Lévi Bobo et Koury Sample, représentants d’une scène guinéenne plurielle et vivante.

À 22h49, Azaya revient, vêtu cette fois d’un costume noir partiellement doré. Il interprète « Yélégbéli » aux côtés de Tenin Diawara, artiste sulfureuse très populaire à Conakry. Leur performance est brève, mais d’une intensité saisissante.

Moment de grâce et de larmes : la montée sur scène d’Ibro Gnamet, sœur cadette d’Azaya. Submergée par l’émotion, elle ne parvient pas à achever « Ne Touchez Pas ». En pleurs, elle exprime sa fierté et remercie le public, sous une salle debout et émue.

Une clôture aux couleurs de la Guinée

Il est 23h32 lorsque résonnent les premières notes de « Mamaya », hymne festif emblématique de la Guinée. Les mouchoirs blancs s’élèvent dans l’Arena, respectant la tradition. La salle se transforme en un immense bal populaire. Dans une ambiance de liesse et de fierté nationale, Azaya conclut son concert sous une pluie d’applaudissements.

Malgré une organisation parfois imparfaite, la soirée restera inoubliable par son intensité émotionnelle et sa mobilisation collective. Azaya a confirmé qu’il demeure, plus que jamais, la voix d’un peuple. Ce concert illustre aussi l’ouverture culturelle de la Guinée et renforce son statut de porte-étendard d’une jeunesse consciente, fière et debout.

Plus qu’un simple spectacle, cette nuit fut une catharsis collective, une démonstration éclatante du pouvoir de la musique : réunir, apaiser et redonner dignité. Azaya et son équipe ont rassemblé un peuple autour de son histoire, de sa musique et de ses espoirs — et inscrit, à Paris, une page forte de la mémoire de la diaspora guinéenne.

 

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