Le gouvernement guinéen, à travers le ministère de l’Énergie, a lancé ce jeudi 7 mai 2026 à Conakry la 8ᵉ réunion du comité interministériel de concertation Guinée-Mali consacrée au projet d’aménagement du barrage à buts multiples de Fomi, un ouvrage stratégique présenté comme un moteur de transformation économique pour toute la sous-région ouest-africaine.
La rencontre a réuni plusieurs hautes personnalités, notamment le ministre malien de l’Énergie, le ministre guinéen du Plan et de la Coopération internationale Ismaël Nabé, des représentants de l’Autorité du Bassin du Niger (ABN), ainsi que des partenaires techniques et financiers engagés dans le développement du projet.
Pendant deux jours, les délégations guinéenne et malienne examineront l’état d’avancement des études et des mécanismes de financement afin de définir une feuille de route opérationnelle pour le lancement effectif des travaux.
Considéré comme un ouvrage d’intérêt commun au titre de la Charte de l’eau de l’Autorité du Bassin du Niger, le barrage de Fomi est présenté comme un projet structurant pour les neuf pays membres de l’ABN. Au-delà de la production hydroélectrique, il devrait contribuer au développement de l’agriculture irriguée, de la pêche, de la navigation fluviale, de l’accès à l’eau potable et de la protection de l’environnement.
Dans son intervention, le ministre guinéen de l’Énergie a insisté sur l’urgence de concrétiser ce projet attendu depuis plusieurs décennies.
« Nous sommes à la huitième session. Imaginez-vous, huit sessions et jusqu’à présent on continue sur un comité interministériel. Et je souhaite que cette fois-ci, c’est la dernière session qui nous permettra de démarrer réellement les travaux de ce barrage. »
Le ministre a également rendu hommage aux initiateurs historiques du projet, rappelant que le barrage de Fomi avait été pensé comme un outil de développement partagé pour l’ensemble du bassin du fleuve Niger.
« Je voudrais ici exprimer mes sentiments de reconnaissance au leadership de nos pères fondateurs. Ceux qui ont pensé que ce barrage a de l’humilité, qu’il peut servir tout le bassin du Niger. Et dans l’ABN, nous avons neuf pays jusqu’au Nigeria. Donc la construction de ce barrage va permettre de servir tous ces riverains. Donc elle est d’une importance capitale. »
Revenant sur l’histoire du projet, il a évoqué les débats qui avaient opposé, à l’époque, les projets de barrages de Garafiri et de Fomi.
« Je me souviens, quand j’étais encore au lycée, quand il s’agissait de faire le choix entre Garafiri et Fomi. J’ai vu beaucoup de personnes ce jour-là dire que le barrage de Fomi devait passer en premier. Mais il y a eu un choix. Le choix était politique. »
Selon lui, malgré le retard accumulé, les avantages stratégiques du barrage demeurent intacts et s’intègrent désormais dans une nouvelle dynamique énergétique nationale et régionale.
Le ministre a notamment souligné l’avancement des infrastructures électriques liées au projet :
« Nous sommes en train de construire le réseau Guinée-Mali aujourd’hui. Le poste de Fomi est déjà prêt à 80 %. Donc, déjà, le poste étant réalisé, on a là où le barrage, une fois construit, va évacuer son énergie. Et nous venons de signer avec Vinci la construction de la ligne Linsan-Fomi. Cette ligne Linsan-Fomi permet de drainer l’énergie que Fomi va produire sur la capitale. »
Il a aussi mis en avant la complémentarité entre le barrage de Fomi et le gigantesque projet minier de Simandou, estimant que cette infrastructure énergétique pourrait soutenir l’industrialisation de plusieurs régions du pays.
« Tout justifie aujourd’hui la réalisation de ce barrage. Parce que ce barrage va permettre à toute la région de la Haute-Guinée, de la Guinée forestière, et même la Moyenne-Guinée et la Basse-Guinée, d’avoir de l’énergie propre, de l’énergie renouvelable, c’est-à-dire de l’énergie de l’eau, à un coût abordable. »
Le ministre a également dénoncé le coût élevé des centrales thermiques actuellement utilisées en Guinée, plaidant pour une transition accélérée vers l’hydroélectricité.
« Nous savons aujourd’hui, avec les centrales thermiques que nous avons, combien cela coûte à la Guinée. Et ça coûte très cher. Donc, un barrage à buts multiples, non seulement ça développe la pêche, l’agriculture, la navigation, mais aussi il fournit une énergie propre et durable. »
Enfin, il a salué l’implication des autorités guinéennes et des partenaires internationaux dans la relance du projet.
« Je voulais ici remercier les autorités, le président Mamadi Doumbouya qui a apporté tout son soutien aujourd’hui pour que ce barrage se réalise. Et l’ambassadeur de Chine aussi, avec le ministre du Plan et de la Coopération, qui a mis tous les efforts pour que les discussions reprennent sur la construction de ce barrage. »
Avec cette 8ᵉ session, les autorités guinéennes et maliennes affichent désormais leur volonté de passer du stade des concertations à celui de l’exécution concrète, dans l’espoir de faire du barrage de Fomi l’un des plus grands pôles énergétiques et de développement intégré de l’Afrique de l’Ouest.
Aboubacar Moussa Camara