Depuis sa nomination à la tête du ministère de l’Assainissement, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures, Aboubacar Camara semble peiner à impulser une véritable politique capable de répondre efficacement à la crise de l’insalubrité en Guinée, particulièrement à Conakry. Pourtant, les attentes étaient immenses et les instructions du chef de l’État étaient claires concernant l’assainissement de la capitale, le curage des caniveaux et la gestion des déchets.
Malheureusement, sur le terrain, les résultats tardent à se faire sentir. Le ministère paraît revenir aux anciennes pratiques : organisation de journées d’assainissement fortement médiatisées, mobilisation ponctuelle des citoyens et campagnes de nettoyage qui ressemblent davantage à des opérations de communication qu’à une stratégie durable. Ces actions, bien qu’utiles sur le moment, restent largement insuffisantes face à l’ampleur du problème.
Aujourd’hui encore, Conakry continue de crouler sous les ordures. Dans plusieurs quartiers, les montagnes de déchets occupent les rues, les marchés et les abords des habitations. Les caniveaux et fossés restent remplis de boue et de détritus, empêchant l’écoulement normal des eaux et aggravant les risques d’inondation pendant la saison des pluies. À cela s’ajoutent les mauvaises odeurs, la prolifération des moustiques et les risques sanitaires qui menacent quotidiennement les populations.
La véritable question est donc celle-ci : la Guinée manque-t-elle réellement de solutions ou plutôt d’efficacité et de volonté dans l’application des politiques publiques ? Car les solutions existent. De nombreux pays africains confrontés aux mêmes difficultés ont réussi à réduire considérablement l’insalubrité grâce à une politique cohérente, continue et rigoureuse de gestion des déchets.
L’assainissement ne peut pas se limiter à des journées symboliques de nettoyage. Il exige une vision à long terme, des investissements sérieux et un suivi permanent. L’État doit mettre en place un système moderne de collecte des ordures, renforcer les services communaux, sanctionner les dépôts anarchiques et surtout créer des infrastructures adaptées au traitement des déchets.
La mise en place d’usines de transformation et de recyclage des ordures devient aujourd’hui une nécessité. Les déchets peuvent être transformés en énergie, en engrais ou en matériaux réutilisables. Cela permettrait non seulement de rendre la ville plus propre, mais aussi de créer des emplois pour les jeunes et de générer des revenus pour l’économie nationale.
Il est également indispensable d’impliquer les citoyens dans cette lutte, car l’assainissement est une responsabilité collective. Mais cette implication populaire ne peut produire des résultats que si elle est accompagnée d’une politique publique sérieuse, crédible et permanente.
La Guinée doit donc choisir entre continuer dans des actions de façade qui donnent l’illusion du changement, ou engager enfin une réforme profonde et ambitieuse de la gestion des déchets. Car une capitale constamment envahie par les ordures ne reflète ni l’image d’un pays moderne ni les ambitions de développement affichées par les autorités.
Aboubacar Moussa Camara
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