Après les directeurs généraux des établissements publics, des EPA et des sociétés anonymes, les présidents des conseils d’administration étaient, à leur tour, fortement mobilisés ce vendredi au ministère de l’Emploi, du Travail et de la Protection sociale. La rencontre était consacrée à l’information et à la sensibilisation sur les modalités pratiques des missions de contrôle de l’Inspection générale du travail dans les établissements et organismes publics.
L’objectif affiché par le département est clair : renforcer la conformité des structures publiques à la législation du travail, avant d’exiger davantage d’efforts du secteur privé.
Le ministre de l’Emploi, du Travail et de la Protection sociale, Mory Condé, a rappelé que cette rencontre s’inscrit dans la continuité du processus engagé avec les responsables des établissements publics.

« Comme vous le savez, j’annonçais hier que le processus allait continuer avec les présidents des conseils d’administration. Ce matin, on était avec l’ensemble des présidents des conseils des EPA, des SA, des conseils de régulation des autorités administratives et des présidents des établissements publics professionnels », a-t-il expliqué.
Selon lui, il s’agissait surtout de rappeler aux présidents des conseils d’administration leur responsabilité dans le suivi de la gestion des entités publiques qu’ils supervisent au nom de l’État.
« Nous avons réitéré l’engagement du gouvernement de faire respecter la législation du travail, une obligation à tous les niveaux », a insisté le ministre.
Les PCA sont notamment appelés, lors des sessions des conseils d’administration, à veiller à ce que les dirigeants des structures publiques respectent les principales obligations en matière d’emploi et de protection sociale : immatriculation des travailleurs, régularisation des contrats auprès de l’AGUIPE, ainsi que le paiement des cotisations sociales à la CNSS et les contributions à l’ONFPP.
Parmi les principales réformes présentées au cours de la rencontre figure la portabilité des droits acquis par les travailleurs.
Mory Condé a expliqué que cette innovation doit permettre à un travailleur de conserver ses droits sociaux lorsqu’il passe d’un secteur à un autre. Ainsi, un agent ayant travaillé dans l’administration publique et rejoignant ensuite le secteur privé pourra conserver les droits et cotisations acquis antérieurement, dès lors qu’il est correctement immatriculé auprès de la sécurité sociale.
Le principe fonctionne également dans le sens inverse : un travailleur venant du secteur privé et intégrant l’administration publique ne perd pas les droits acquis au cours de son parcours professionnel.
La réflexion va également au-delà des frontières guinéennes, à travers les travaux menés avec les pays membres de la CIPRES. L’ambition est de permettre, à terme, une meilleure continuité des droits sociaux pour les travailleurs qui poursuivent leur carrière dans d’autres pays membres de l’organisation.
« C’est ce que nous avons appelé la portabilité des droits », a résumé le ministre, qui considère cette réforme comme une avancée importante pour la protection sociale des travailleurs.
« Nous ne pouvons pas sévir chez les privés si le public n’est pas en règle » Pour le ministère, la mise en conformité des établissements publics constitue un préalable à une application plus rigoureuse de la législation dans le secteur privé.
Mory Condé a ainsi sollicité l’implication des présidents des conseils d’administration dans les opérations d’inspection qui seront déployées sur le terrain, afin d’aider les structures placées sous leur responsabilité à régulariser leur situation.
« Nous ne pouvons pas aller vers les privés sévir si les organismes publics relevant de nous-mêmes ne sont pas tout à fait en règle », a-t-il déclaré.
De son côté, l’Inspecteur général du Travail, Mohamed Ouattara, a rappelé les prérogatives dont disposent les agents de l’Inspection du travail dans l’exercice de leurs missions.
Les inspecteurs disposent notamment d’un droit d’accès aux lieux de travail sans préavis, de jour comme de nuit, et peuvent prendre des mesures d’urgence lorsqu’une situation présente un danger imminent pour les travailleurs.
L’institution entend également moderniser ses méthodes de travail. Les agents disposent désormais de tablettes leur permettant notamment d’établir et de transmettre des rapports de contrôle de manière plus rapide.
La rencontre a également permis de présenter le bilan 2025 du secteur de l’emploi. Selon Mohamed Ouattara, plus de 20 000 recrutements ont été enregistrés dans le secteur privé et le secteur mixte.
Le marché du travail reste dominé par les contrats à durée indéterminée (CDI), qui représentent 52 % des contrats, contre 32 % pour les contrats à durée déterminée (CDD).
La main-d’œuvre enregistrée est composée à 88 % de travailleurs guinéens. Le bilan fait toutefois apparaître une forte sous-représentation des femmes, qui ne représentent que 11 % des travailleurs concernés.

Président de conseil d’administration, Sékou Sacko estime que la rencontre a permis aux responsables de mieux comprendre les réformes engagées et le rôle qu’ils doivent jouer dans leur mise en œuvre.
« Ça nous a outillés à la mesure d’accompagner nos différentes directions sur les activités de l’Inspection générale du travail : la vérification des contrats, l’immatriculation à la sécurité sociale », a-t-il indiqué.
Il a particulièrement salué la réforme relative à la portabilité des droits, qu’il inscrit dans la dynamique de modernisation engagée depuis le 5 septembre 2021.
« C’est faire du travail un cadre capable de suivre la traçabilité de son parcours. Au cas où tu quittes un camp pour un autre, les cotisations continuent et rien ne se perd », a-t-il soutenu.
Au terme de la rencontre, le message du ministère se veut pragmatique : les responsables des établissements et organismes publics disposent encore d’un court délai pour solliciter l’accompagnement de l’Inspection du travail et procéder aux régularisations nécessaires. L’enjeu est désormais de traduire les engagements pris en conformité effective sur le terrain.
Aboubacar Moussa Camara
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