Alors que le Conseil national de la Transition (CNT) affirme, dans un communiqué, que les 43 milliards de francs guinéens correspondent à des primes de fin de mission régulièrement approuvées par ses organes compétents et exécutées conformément à la Loi de finances, la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a décidé d’ouvrir une enquête préliminaire. La justice entend faire la lumière sur des soupçons de détournement de deniers publics, de corruption, de blanchiment de capitaux, d’enrichissement illicite, de faux et usage de faux, ainsi que de complicité, dans un dossier qui suscite un vif débat sur la gouvernance des deniers publics.
Le CNT se défend
Dans un communiqué détaillé, le Conseil national de la Transition rejette toute accusation de détournement et affirme que les montants évoqués correspondent à une décision institutionnelle, régulièrement adoptée par les organes compétents du CNT et inscrite dans la loi de finances.
L’institution précise que, contrairement à certaines affirmations, elle ne peut être considérée comme un « ancien organe de la Transition », la Constitution prévoyant que le CNT demeure en fonction jusqu’à l’installation effective des nouvelles institutions.
Selon le communiqué, la Conférence des présidents avait créé, le 24 mars 2026, une commission chargée d’étudier les droits et avantages de fin de mission des conseillers nationaux et du personnel parlementaire. Les conclusions de cette commission, validées le 13 avril 2026, prévoyaient notamment :
une prime exceptionnelle de 500 millions de francs guinéens pour chacun des 81 conseillers nationaux, représentant un total de 40,5 milliards GNF ;
une enveloppe de 2,5 milliards GNF destinée à récompenser certains agents de l’administration parlementaire pour leur engagement et leurs performances.
Pour le CNT, ces décisions relèvent d’une gestion budgétaire régulière et ne sauraient, à elles seules, constituer des infractions pénales sans preuves matérielles établissant des actes de détournement ou de corruption.
Une décision qui interroge l’opinion
Au-delà de l’aspect strictement judiciaire, cette affaire soulève une question de gouvernance et d’éthique dans la gestion des finances publiques.
Même si ces primes ont été décidées selon une procédure interne et inscrites dans un cadre budgétaire, leur ampleur exceptionnelle suscite de nombreuses interrogations dans un contexte où la Guinée continue de faire face à d’importants défis économiques et sociaux.
Comment justifier l’attribution de 500 millions de francs guinéens à chacun des conseillers nationaux, alors que ceux-ci ont déjà bénéficié, depuis leur installation en 2022, de rémunérations, indemnités et avantages financés par le budget de l’État ?
À l’heure où de nombreuses collectivités manquent d’écoles, de centres de santé, de routes praticables ou encore d’accès à l’eau potable, une partie de l’opinion publique s’interroge sur l’opportunité d’une telle dépense. Les 43 milliards de francs guinéens mobilisés pour ces primes n’auraient-ils pas pu être orientés vers des investissements répondant à des besoins fondamentaux des populations ?
L’enquête ouverte par la CRIEF devra désormais déterminer si cette opération relève d’une décision administrative légalement exécutable ou si, comme le soupçonnent les autorités judiciaires, elle pourrait cacher des infractions économiques et financières. Les investigations permettront de faire la lumière sur les conditions de validation, de décaissement et d’utilisation de ces fonds publics.
Aboubacar Moussa Camara









