À peine installé à la tête du parquet spécial de la CRIEF, Alphonse Charles Wright déclenche une offensive judiciaire d’ampleur inédite. En visant 111 personnalités frappées d’une interdiction de sortie du territoire, le Procureur spécial affiche clairement sa volonté d’accélérer la lutte contre la corruption et les crimes économiques. Derrière cette décision spectaculaire, se dessinent des enquêtes complexes, des accusations lourdes et un signal fort adressé aussi bien à l’administration publique qu’au secteur privé : l’ère de l’impunité pourrait être sérieusement ébranlée.

Cette mesure conservatoire, prise le 10 avril dernier, s’inscrit dans le cadre d’une nouvelle procédure de poursuites qui semble annoncer une phase plus offensive dans la lutte contre la délinquance économique et financière en Guinée. Le Procureur justifie cette décision par la nécessité d’empêcher les personnes concernées de « se soustraire aux poursuites ». Pour le patron du parquet spécial de la CRIEF, leur maintien sur le territoire national apparaît indispensable au bon déroulement des enquêtes en cours, notamment pour faciliter auditions, confrontations et éventuelles mises en examen.
Une batterie d’accusations lourdes
Mais que reproche-t-on concrètement aux personnes visées ? L’acte du parquet spécial dresse une liste particulièrement fournie d’infractions présumées, révélant l’ampleur des soupçons.

Parmi celles-ci figurent :
Détournement de deniers publics et enrichissement illicite, des infractions souvent au cœur des dossiers de gouvernance publique ;
Blanchiment d’argent et corruption d’agents publics, traduisant des circuits financiers potentiellement opaques ;
Abus de biens sociaux, abus de confiance et escroquerie, touchant aussi bien au secteur public que privé ;
Faux et usage de faux, ainsi que des faits de complicité.
Cette diversité d’accusations laisse entrevoir des dossiers complexes, susceptibles d’impliquer des mécanismes financiers élaborés et des réseaux d’acteurs interconnectés.
Des profils variés au cœur de l’appareil d’État
La liste des 111 personnes visées se distingue par l’hétérogénéité des profils. Elle regroupe principalement des cadres de l’administration centrale, d’anciens ministres, mais aussi des dirigeants de sociétés publiques et privées. Une configuration qui suggère une volonté de ratisser large et de ne pas limiter les investigations à un cercle restreint.
On y retrouve notamment de nombreux Chefs des Divisions des Affaires Financières (DAF), des contrôleurs financiers et des responsables des marchés publics issus de ministères stratégiques tels que les Affaires étrangères, l’Environnement, la Coopération internationale, la Santé, les Mines, l’Agriculture, l’Urbanisme ou encore la Culture.
À ces profils s’ajoutent des cadres d’entreprises publiques comme la Société des Eaux de Guinée (SEG), l’Office National du Pétrole, ainsi que l’OGP. Des directeurs de sociétés privées, notamment dans les secteurs du BTP et des services, figurent également sur la liste, signe que les investigations pourraient s’étendre aux relations entre sphère publique et opérateurs économiques.

Pour fonder sa réquisition, le parquet spécial s’appuie sur plusieurs instruments juridiques clés. Parmi eux figurent l’ordonnance de création de la CRIEF adoptée en décembre 2021, le Code pénal guinéen, ainsi que les lois de 2017 et 2021 relatives à la lutte contre la corruption et le blanchiment de capitaux. Cet ancrage légal vise à consolider la procédure et à prévenir toute contestation sur la forme.
Selon les informations disponibles, le Commissaire spécial de la Direction de la Police de l’Air et des Frontières a été officiellement saisi afin d’assurer l’exécution immédiate de cette interdiction de sortie du territoire. Une mesure qui traduit la volonté des autorités judiciaires d’agir rapidement et efficacement.

Au-delà de l’effet d’annonce, cette décision apparaît comme un signal fort envoyé par la CRIEF dans un contexte où les attentes en matière de reddition des comptes restent élevées. Elle pourrait marquer le début d’une série de procédures visant à renforcer la transparence et à sanctionner les pratiques illicites, si les enquêtes aboutissent.

Reste désormais à savoir quelles suites judiciaires seront données à ces dossiers et si cette vaste opération se traduira par des inculpations, voire des procès. Une chose est certaine : cette première initiative du nouveau Procureur spécial place la barre haut et installe d’emblée un climat de vigilance accrue au sein de l’administration et du monde des affaires.

 

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