Conakry, 27 avril 2026 – La Guinée amorce un tournant décisif dans la transformation de son système universitaire. La ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Dre Diaka Sidibé, a procédé ce lundi au lancement officiel d’une vaste réforme visant à aligner les formations académiques sur les besoins réels du marché du travail. Une initiative stratégique inscrite dans la dynamique du programme Simandou 2040.

La cérémonie, organisée dans un complexe hôtelier de la capitale, a réuni recteurs, directeurs généraux d’institutions publiques et privées, partenaires techniques ainsi que des acteurs du secteur économique. Tous ont été appelés à contribuer à ce chantier présenté comme déterminant pour l’avenir du pays.
Dans un discours dense, la ministre a rappelé les avancées enregistrées depuis 2022, notamment la reconstruction de plus de 140 programmes de formation et l’implication de partenaires nationaux et internationaux. Mais elle a surtout insisté sur les limites du système actuel.
« L’adéquation entre la formation et l’emploi reste insuffisante », a-t-elle déclaré.

Chaque année, environ 15 000 diplômés sortent des 48 institutions d’enseignement supérieur du pays. Pourtant, seuls 30,87 % d’entre eux accèdent à un emploi dans les douze mois suivant l’obtention de leur diplôme.
« Cette inadéquation structurelle entre ce que produisent nos universités et ce que demande l’économie est inacceptable », a insisté Dre Diaka Sidibé.
Deux projets structurants : MPS 30 et MPS 32
Pour répondre à cette problématique, le ministère lance deux projets majeurs.
Le premier, MPS 32, porte sur la révision en profondeur des contenus pédagogiques.
« Nous allons reprendre les programmes un à un, les aligner aux exigences du marché et au programme Simandou pour les quinze prochaines années », a expliqué la ministre.

Cette refonte prévoit l’intégration de nouveaux domaines porteurs tels que l’intelligence artificielle, le numérique et la data, ainsi que le renforcement de filières stratégiques comme les mines, l’énergie, le BTP et la logistique.
Elle inclut également la création d’un cadre national des diplômes, l’introduction de nouveaux parcours comme les diplômes universitaires de technologie, ainsi qu’un meilleur alignement avec les standards internationaux du système LMD.
« Il faut repenser notre système en s’ouvrant aux métiers qui forment, qui emploient et qui payent bien », a-t-elle souligné.
Le second projet, MPS 30, introduit une approche basée sur l’analyse des besoins du marché de l’emploi.
« Réformer sans mesurer l’impact sur l’insertion des diplômés serait avancer à l’aveugle », a affirmé la ministre.
Ce dispositif prévoit la création d’un système d’information national et d’une cartographie des compétences par région. Il sera complété par la mise en place de l’Observatoire national de l’insertion des diplômés chargé de suivre l’évolution professionnelle des diplômés sur une période de 18 mois.
L’objectif est de permettre une adaptation continue des politiques de formation en fonction des réalités économiques.
Cette réforme s’inscrit dans le cadre du programme Simandou 2040, présenté comme un projet global de développement.
« Ce n’est pas seulement un projet minier, c’est une vision qui place l’homme guinéen au cœur de la croissance », a rappelé la ministre.
Selon les projections, ce programme devrait générer plus de 45 000 emplois d’ici 2030, avec une croissance économique estimée à 7,2 %.
« Cette dynamique ne profitera aux Guinéens que si nous formons les compétences nécessaires », a-t-elle averti.
Pour concrétiser ces ambitions, le ministère prévoit la mise en place de 51 équipes de travail, encadrées par 8 comités scientifiques, composés d’experts nationaux et internationaux. Leur mission : finaliser les nouveaux programmes en cinq mois, pour une mise en œuvre dès la rentrée universitaire 2026.
La ministre a lancé un appel appuyé à l’ensemble des acteurs concernés.
« Ces projets ne réussiront que si nous sommes tous mobilisés », a-t-elle déclaré, invitant notamment le secteur privé à participer activement à la définition des besoins en compétences.
Elle a également interpellé les enseignants-chercheurs :
« Vous portez l’avenir académique de la Guinée. »
« Ne pas rater le rendez-vous avec l’histoire »

En conclusion, Dre Diaka Sidibé a insisté sur l’urgence d’agir, dans un contexte où les grands chantiers liés à Simandou sont déjà en cours.
« Le train de Simandou a déjà sifflé », a-t-elle lancé.
Elle a appelé à une transformation rapide et efficace du système universitaire afin de préparer les générations futures.
« Si nous ne réformons pas maintenant, nous aurons manqué l’histoire. »
Avec cette réforme, la Guinée ambitionne de bâtir un enseignement supérieur plus cohérent, plus performant et surtout plus utile à son développement économique. Un pari ambitieux, dont la réussite dépendra désormais de l’engagement collectif et de la capacité à traduire cette vision en résultats concrets.
Aboubacar Moussa Camara









